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cherche-la !

expérience immergée ; radicalité incorporée ; sentiments submergés ; issue entravée

le chemin en continu se foule, quelle que soit sa texture—fluide ou résistante, allégeante ou oppressante, glorieuse ou affectée

mon mal à sortir de l'eau ; mon vertige à tenir debout ; ma nausée à soutenir le soleil ; mon coeur jusqu'au bout

par les vagues, petites, j'ai été malmenée, chahutée, chavirée : sur le sable mou, dans une danse, je me suis lourdement affaissée, effondrée

l'espace autour de moi était brûlant, flou, assourdissant ; ma force dans les jambes fluctuait ; ma volonté était brouillée ; le ressac, sous les fesses, me ballotait

on est venu m'aider

coup de chaud ? mal de l'eau ? insolation ? la mer est mouvante, dense et salée... des algues, telles des dragons du dessous, m'ont fait m'inquiéter, ravivant les tréfonds d'une psyché tourmentée

avec soi-même, survivre oniriquement, c'est se découvrir en ses coffres-forts

avec l'autre, sentir le sol sous ses pieds se dérober, c'est éprouver la puissance physiologique de la mer, qui nous enveloppe tous de sa vérité

son souffle nous parcourt... des poumons qui, à fleur d'horizon, flottent sans s'épuiser, aux cuisses qui, à la surface, se suspendent sans forcer

je me recroqueville comme un oeuf, sur le côté : toute seule, à peu près, je tiens

... à la mer

la mer est vieille de nos histoires, anciennes au fil des flots ; elle recueille toutes nos pleures, toutes nos peurs, tous nos drames, et les finalise en nos destins

la mer est jeune de nos vitalités, surprises dans son berceau ; elle nous dissémine en mille silhouettes dans un même bain, et immerge nos erreurs

la mer, sos, en sa respiration : ses poumons de sel bientôt dégueuleront la lie que l'homme leur fait fumer ; alors la mer, malade, ensevelira l'homme pour se guérir sans lui

la mer est une fleur à jamais ouverte en sa corolle dégarnie ; totalement offerte, elle absorbe ses amis, comme ses ennemis

la mer régénère son instinct de vie : sa faune la réveille dans des pulsions d'envie

la mer vide mes pleures et berce mes rancoeurs ; la mer recueille l'âme perdue que je suis et enveloppe mon corps de flux tendus

la mer apprend de mes humeurs ce qu'elle sait déjà ; la mer, immémoriale, accouche de moi, une nouvelle fois... autrement que ma propre mère

la mer suit son vent sans se soucier de moi ; la mer pulse le vivant, comme on allume une bougie et ne reçoit le souffle humain que dans le respect de sa flamme

j'effleure la mer, son écume, de ma respiration éphémère ; je rencontre la mer par l'odorat—sensuel et envoûtant ; j'attends... l'effet sur moi de son évaporation