on peut donner

le silence est le seul qui ne répétera pas les mots, déjà entendus

la musique se lasse, s'alanguit, se tasse et s'assourdit ; on ne l'entend plus que déformée par nos souffles dissipés, désynchronisés

... qui reprennent leur liberté et se disloquent dans les velléités

je remets le casque pour rassembler mes forces et repartir de la bonne oreille... dans l'aléatoire des rythmes syncopés

je descends dans l'antre du loup, dans le creux de rien : à l'intérieur, il se passe si peu ; il semblerait même que les dieux en soient 'jaloux'

cet état de demi-mesure envahit tout ce qu'il nous reste à vivre de commun et de grossier, de lourd et de fastidieux, de grotesque et de fascinant

je m'isole un peu plus encore pour regarder surgir le geyser du fond : il suffit d'approfondir ce qui, en nous, n'existe pas apparemment

qui que l'on soit, on verra toujours apparaître l'aura du mystère et affleurer l'identité du Soi

quoi que l'on quête, tôt ou tard, on infiltrera l'or des manèges, le pourpre de la mer et le bleu des nuages

la pose du gourou sur nous n'aura plus prise, car nous serons devenus plus immanents que lui encore—moins volontaires et moins conscients aussi

aux yeux de tous, notre posture propre, singulière et intime, sera manifeste et claire

et les gisements se montreront sans hésitations, sans tremblements, sans faiblesses et sans évitements : enfin, nous seront francs

vis-à-vis de nous-mêmes, pour nous calmer, simplement nous nous parlerons à mi-voix

vis-à-vis des autres, pour nous stimuler, radicalement nous nous tairons et écouterons

sans oser... embrayer ou dévier, reprendre ou simuler

les gisements sont à protéger ; le temps a passé... le temps a usé... ce qui se révèle aujourd'hui être familier

revenons aux tous premiers moments, en cet automne d'il y a vingt cinq ans

que cherchions-nous à l'époque ? une émotion ? ou un raccord ?... à nos douze ans, dans le flot bleu du ruissellement

cette qualité, imaginaire, depuis ne nous a pas quittée : elle perdure et se réactualise à chaque épisode de doute ou de métamorphose

renaître est si agréable

se sentir évoluer est si régénérant ; les émergences constantes fondent notre présent sur une jouissance brute, sans cesse éprouvée

le changement nous fait oublier de nous représenter nous-mêmes ; on n'a le temps que de bouger, sans du tout stagner ou s'empêtrer

c'est exaltant

c'est remuant ; c'est é-mouvant... comme une unique dignité devant laquelle s'incliner

la Joie alors est confiante : elle s'expose noblement au Grand

je demande aux défunts de nous répondre ; je demande à ceux qui ont connu 'les situations' de descendre nous dire... ce qu'il y a à en faire

comment tisser ? comment relier ? quelle histoire raconter ? quel évènement favoriser ?

sans plus de lâcheté—sans plus sur l'arbitraire ou sur l'incertain constamment se défausser

sans plus non plus de fierté—sans altération de conscience, ni perte de raison

on voudrait s'offrir au plus comprenant, au plus pénétrant... pour s'éprouver soi de l'autre côté et pour se reconnaître comme 'illuminé'

en dormant, subitement, on rêve que l'on se retourne sur soi-même et que l'on s'admire... tout fractionné, léger, lumineux et comblé : immatériel et libéré

rien de nous ne demeure—hormis l'oeuvre

rien de nous, parmi les autres, ne vient perturber la suite des heures à venir habiter et à rendre sensées

chacun de nous porte une croix invisible et peut-être terrible ; chacun de nous hérite de ses vies passées... de bon samaritain ou de mauvais tortionnaire

la question est de les connaître ; d'en apprécier la teneur, d'en prendre la leçon et d'en révolutionner le cours

plus rarement aussi, la volteface se réalise dans l'espace d'une seule vie... spectaculaire

on assiste, spectateurs, au dés-entrelacement du fil... qui conduit Ariane en son destin : elle qui accomplit un véritable chemin d'initiation et un complet processus de compréhension

ainsi se manifestent les fondamentales de qui nous sommes ; ainsi se déroulent les pistes de qui nous pourrions être... dès lors que nous nous embrassons nous-mêmes, seulement pour le meilleur

nous vient alors le sentiment des fleurs et celui du soulagement... pour la nature même du monde—qui à lui-même se répond

... qui s'enveloppe dans le sentiment d'une félicité, non pas éternelle, mais présente en chaque moment... de complexe reconnaissance, ou de limpide détente

on est

libre des actes échevelés et inachevés, ou vifs et définitifs

libre des misères qui s'égrainent et des refrains qui se traînent—libre de soi-même

les boulets, on ne les sent plus : n'existent-ils réellement plus ?... par quel miracle se trouve-t-on nécessairement absout ? par quelle opération se retrouve-t-on résolument transformé ?

on dit merci

on pense serré ; on est ému ; on s'émancipe ; on quitte sa peau

de tous les points-de-vue, c'est vrai et c'est beau

la confiance dans l'effort et l'habileté nous devient une évidence

on peut donner