combien de pierres blanches ?

l'homme n'est pas fou ; il ne rêve pas non plus ; l'homme s'illumine au contact de sa réalité intime

l'homme se creuse en sa dimension teintée de coupures abjectes et de temporaires sublimes

il danse au-dessus d'une fosse invisible aux mortels

il serpente parmi les âmes errantes—toutes indigènes en nos contrées recluses

les déserts y sont des refuges pour s'y suspendre incognito

l'ouvrage de l'homme le trahit par le nombre de pierres déterrées de sous le sable brûlant

combien d'impacts sur les arbres ? combien de vies sous les coups ?

l'homme alors devient fou... il s'accapare le soleil pour s'aveugler, retiré aux yeux du monde

l'homme alors tourne sur lui-même en une chorégraphie chaotique et surprenante : il appelle les voix qui ne lui répondent plus

"êtes-vous là toujours ? dois-je vous craindre ? vous êtes-vous dissipées ? dois-je vous plaindre ?"

l'homme regarde la tête-en-bas ; à l'envers de lui, les pieds ancrés dans le ciel, il est bien plus à l'aise : correctement érigé, il marche à grands pas, se décapitant même le cou pour dissiper le mal

je m'incline...

on ne peut pas... on ne peut pas 'ne pas'... : écrire, rêver, nourrir, argumenter l'espace paradisiaque de la création

on s'en veut... d'être à ce point-là dans la recherche des pâles lendemains et dans l'heuristique des fonds humains

à l'origine, on ne sait pas... ce qui se vit en nous de plus fondamental ou de plus fidèle : on teste sa lumière ; les réponses énergétiques néanmoins sont claires—c'est un yoga du son, tantrique et solaire

les réponses se découvrent aussi lentement—intensément, immensément

dorénavant, certains dés sont tombés, non par l'effet du hasard, mais par celui de l'épreuve

avancer en aveugle requiert d'adhérer au plus près de tout ce qui se manifeste, pour en évaluer l'expression, la pondération, le bienfondé

je poursuis mon périple dans l'antre de la Chose—non-indemne d'inquiétudes présentes, ballotée au gré de surprises à venir

l'Animal me rejette : il convulse ses boyaux pour régurgiter l'étrangère en son sol vierge

je dissimule mon émotion : terrifiée, je m'aventure, désormais plus au calme, dans des couloirs sombres ; dois-je m'imposer ? pour cela, je rentre davantage en profondeur

mes yeux sont seuls à y voir clair ; le reste est plongé dans l'opacité d'un noir de suie

l'épaisseur est réelle : je suis le fantôme, évoluant trop bas dans les couches terrestres et inconscient de sa propre prégnance—intermédiaire

tout est là, en forme de V

nulle part : en nul endroit, en nul temps

tout défile en moi : je vois passer le détail des situations, senties du dedans et vues du dehors ; j'y réceptionne le coeur des gens : je suis en transe

... sans tambours, ni plantes

mon battement d'aile est musical, synchronisé en binaural

les mots sont flottants comme les impressions ; les déplacements sont instantanés comme les pensées ; toute volonté est illusoire

je l'ai déjà dit : on voyage au fil des 'qualia'—ces subjectivités qui impriment nos humeurs, nos sentiments, nos projections, nos visualisations, nos impulsions, nos rythmes et nos actions

nos images transitent, se forment et se délitent ; d'autres les remplacent, en un morphing incurvé surgissant du néant

les hallucinations sont 'sages', au sens où elles expriment des contenus d'être et de connaissance, des dynamiques de manifestation et de transformation

la Roue karmique tourne et s'épuise : les apparitions aussi

elles viennent de l'Autre Dimension, en ce que l'Ange nous dicte le Livre Rouge de notre vie

dans la paix pour nos prochains

la paix est là

la douceur du coeur et l'intériorité de l'âme ; mon eau est limpide et fraîche ; son suintement lisse et sonique

je descends dans les profondeurs et m'aventure vers la chorale aux mille chants

les parois de la roche me guident : elles sentent l'humidité des grottes dans la frilosité ambiante ; il n'y a pas de moisi

le Centre de mon univers est solaire ; mais pour y accéder, il me faut en passer par le froid, les méandres et les glissements

mon pas n'est pas assuré : je suis mal chaussée

des escaliers

avec une rampe ; je m'enfonce sans trop de lumière, attirée par le seul son... 'alpha', de la mission du même nom

le labyrinthe se poursuit : il ne me fait pas peur ; je suis prise par la Terre ; je pénètre son ventre secret et accueille ses convulsions

car la chair autour est vivante et les vaisseaux désormais giclent le sang : je ne me noie pas

les ruissellements s'organisent autour de moi pour me contourner et affaiblir leurs effets

la pente est raide ; pieds nus, j'adhère pourtant au sol glaise ; c'est collant et spongieux : je suis dans la bête

l'Ange s'immisce dans le point

écrire, ou l'autonomie retrouvée

écrire, ou l'anonymat exigé

chaque jour nous donne... son lot d'épreuves et de guérisons, sa cargaison d'humeurs et de contemplations

l'ignorance est succincte dans l'ouverture première de celui qui naît

la vigilance alors s'agace des relents d'inquiétude et des vagues de certitude

enfant, laissons faire l'être en toi, laissons advenir le vivant à même ta croissance... dans la sollicitation naturelle et existentielle de l'environnement

rien de 'sauvage' qui ne soit totalement fatal ; rien de 'fou' qui ne soit parfaitement immaîtrisé

la confiance revient, fondamentalement percevante—réceptrice et bienveillante

l'aura primordiale réapparaît dans le relâchement conscient, la détente mobile, le maintien attentif, la grâce mouvante

on avance sur le chemin sans but ; on fabrique en-deçà des projets... un lien à soi-même qui éveille à celui du monde

on apprend à se connaître, et à vivre avec soi

... au gré des aléas, accroché au seul 'point libre' qui nous recueille chaque fois qu'on n'y est pas

je perds mes repères

la solitude, c'est quand l'angoisse, la somnolence ou la migraine nous empêchent d'apprécier le monde en sa chaleur, en sa couleur, en sa valeur

l'aigreur, c'est quand le déluge au dehors nous autorise à légitimer notre enfermement nonchalamment prostré derrière la vitre, ou notre réclusion douloureusement penchée sur l'ordinateur

vous êtes là

je m'imagine 'vissée' quelque part en vous—là où c'est stable et dans l'interrogation permanente de l'enchaînement suivant

en ce moment-même, je m'immerge et me rôde, comme vous, à ce texte qui va prendre forme indocile et temporaire

et je m'endors avant même d'avoir pu vivre l'aboutissement de ma respiration

tout me contrarie ; tout me devient aussi indifférent et indolore... je perds mes repères ; toutes les causes sont belles ; tous les engagements sont fiers ; tous les désistements sont de simples naufrages à pic, loin de toute terre ferme

je m'égare, refoulant la douleur ; je m'échappe, négligeant le malheur

les apparences mentent modérément : je n'ai plus rien dans le coeur... et plus que ma sueur pour exprimer mon ennui

je m'interdis tout du fond de moi-même ; j'envahis le vide et décrète que, même lui, est fini

mon trouble reste en toi

je devrais laisser reposer ma fatigue d'écrire—de nourrir des images et de choisir des mots

je devrais laisser vivre les stimuli psychiques sans plus les traumatiser en les surexcitant

je devrais accepter de sombrer dans l'anonymat des journées ordinaires, remplies de tâches sans plus de boussole

je devrais, plus simplement, laisser éclater ma frustration ou mon indifférence à tout ça, et suspendre mes divagations en orbite

mais mon périple continue... sans que je parvienne à l'user ou à le résoudre plus que cela : il me rend vivante et fière

il me rend 'voyageuse' à l'intérieur d'un mystère—en peu d'expressions pour l'expliciter, en beaucoup de phrases pour le visiter

je me raccourcis, en ce sens que le verbe sans cesse se reforme là où précédemment il se trouvait, succombant aux quasi mêmes affirmations

la musique du texte me manque, davantage qu'avant ; là, j'écris dans l'harmonie et le silence...

des acouphènes viennent me perturber l'haleine : je la perds au profit de lexiques chroniques et la pellicule du film se raye, avant de rompre

installée là, bien confortablement dans ma salle de projection personnelle, je rêve... jamais assez profondément pour endormir mes craintes taciturnes—passer en dessous, et me reconnecter aux fonds qui font l'horizon profond—le violet