je m'incline...

on ne peut pas... on ne peut pas 'ne pas'... : écrire, rêver, nourrir, argumenter l'espace paradisiaque de la création

on s'en veut... d'être à ce point-là dans la recherche des pâles lendemains et dans l'heuristique des fonds humains

à l'origine, on ne sait pas... ce qui se vit en nous de plus fondamental ou de plus fidèle : on teste sa lumière ; les réponses énergétiques néanmoins sont claires—c'est un yoga du son, tantrique et solaire

les réponses se découvrent aussi lentement—intensément, immensément

dorénavant, certains dés sont tombés, non par l'effet du hasard, mais par celui de l'épreuve

avancer en aveugle requiert d'adhérer au plus près de tout ce qui se manifeste, pour en évaluer l'expression, la pondération, le bienfondé

je poursuis mon périple dans l'antre de la Chose—non-indemne d'inquiétudes présentes, ballotée au gré de surprises à venir

l'Animal me rejette : il convulse ses boyaux pour régurgiter l'étrangère en son sol vierge

je dissimule mon émotion : terrifiée, je m'aventure, désormais plus au calme, dans des couloirs sombres ; dois-je m'imposer ? pour cela, je rentre davantage en profondeur

mes yeux sont seuls à y voir clair ; le reste est plongé dans l'opacité d'un noir de suie

l'épaisseur est réelle : je suis le fantôme, évoluant trop bas dans les couches terrestres et inconscient de sa propre prégnance—intermédiaire

j'entends : "remonte !" ; de qui vient cette parole ? : de l'alchimiste des Enfers chauds et froids ? du procureur général de cet endroit anonyme et grimé ?

je ne veux pas la Lumière—pas encore ; pourquoi ?

je vis cachée, dérobée aux regards ébaudis dans l'allégresse courante ; je vis sur un secret, qui déplairait aux plus mordants d'entre eux ; je vis déployée de l'autre côté, inconnu des gens fondus dans la réalité

je protège mon bien

je ne m'illusionne sur rien

le 'petit' perçu à l'endroit, s'avère être gigantesque sur l'envers

il dissimule sa Force et son Etendue—comme le font les chardons de montagne, aux racines du dessous exubérantes et merveilleuses

ce travail est une Porte, un accès par-delà les traductions du monde sensible

... un humble portail de la perception, altérée par la pression sub-psychique—trans-karmique ou supra-consciente

je m'incline... devant un si grand renoncement, le temps de cette vie-ci : surtout, il ne faut pas 'apparaître' ! ne pas montrer le bout de son nez

surtout, il faut s'aplatir... contre le mur, là, en face de nous, et assumer d'écouter les maigres commentaires

pourtant la transe nous parlait ; pourtant la maladie nous portait... jusque dans le lit de nos enfants, que l'on venait embrasser, l'été seulement

pourtant, on était inspiré... par l'eau, les couleurs, les chaleurs et les vents ; par l'aventure des rencontres de ceux qui venaient s'inscrire dans nous, et cela, bien malgré nous

je retiens les univers 'malins'—noirs, ocres et rouges ; j'entrevois les ciels cristallins—bleus, jaunes et transparents

je revois ces visages et ces corps—que d'autres ont fini par me rapter !

ils dorment au-dessus de ma tête, accrochés aux limbes de mes parents

je n'ai plus cette Force, peut-être... mais ce qui me quitte en peinture, je le retrouve en écriture—avec une maîtrise moins douloureuse

nous faut-il nous rendre plus 'suspects' pour rejoindre l'excellence et éveiller l'admiration ? nous faut-il plus avant toucher les limites de l'affect ou trancher dans le nerf des sensations ? nous faut-il plus totalement nous impliquer dans la ronde des samskaras et ainsi prendre le risque de nous enliser dans d'hypothétiques retombées délirantes ?

les empreintes, drastiques et cataclysmiques, sont soulagées : on ne pleure plus—du tout ! on écoute—d'autant plus !

le contact avec la souffrance ne s'exprimant plus aussi incisivement, les transferts mentaux dans les matériaux sur le papier n'opèrent plus au fil d'apparitions aussi évidentes

pourquoi, à force de répétitions, la peinture est-elle devenue le principal témoin d'une torture décalée et sublimée, toujours auto-flagellée ?

la Joie est Lumière : quelle est sa fréquence ?

je veux le son du Soleil sur moi !

j'exige sa Transfiguration en moi... que plus rien ne me parle de ma peine, grossière ou vaine 

je décolle en toi, qui ne cherches que 'cela' en moi, et qui te débarrasses du surcroît

je me pends en mes veines, les articule autour de l'Arbre et, dans le vide, enfin, me traîne

tu ne me regardes pas, distrait par l'éclosion des lilas ; je te rejoins dans l'évanescence de leur parfum

il n'existe plus rien de moi, mais 'cela va' ; il n'y a pas le choix... je veille sur ton désert pour que des plantes y poussent l'hiver

peut-être m'y rejoindras-tu à l'occasion d'un clair de lune solitaire ?

peut-être une pensée pour moi fera fortune ? et me pénètrera dans les dunes

peut-être qu'un jour, le Sahara voudra de moi, et que tu seras là... sans rancunes

le bruit des scorpions dans les grains de sable nous fera le son

et le sourire illuminera nos joues, sans plus de buée sur nos pupilles

alors, je respirerai l'amour de l'existence et exhiberai mes délicats joyaux... de ceux qui brillent dans mon âme refoulée

de ceux que tu actives, dès que tu recolles ton expédition en morceaux

dès que tu lèves ton front, attentif aux seuls échos de ton Invisible en expansion

... de ton Mystère en migration