la mer est vieille de nos histoires, anciennes au fil des flots ; elle recueille toutes nos pleures, toutes nos peurs, tous nos drames, et les finalise en nos destins
la mer est jeune de nos vitalités, surprises dans son berceau ; elle nous dissémine en mille silhouettes dans un même bain, et immerge nos erreurs
la mer, sos, en sa respiration : ses poumons de sel bientôt dégueuleront la lie que l'homme leur fait fumer ; alors la mer, malade, ensevelira l'homme pour se guérir sans lui
la mer est une fleur à jamais ouverte en sa corolle dégarnie ; totalement offerte, elle absorbe ses amis, comme ses ennemis
la mer régénère son instinct de vie : sa faune la réveille dans des pulsions d'envie
la mer vide mes pleures et berce mes rancoeurs ; la mer recueille l'âme perdue que je suis et enveloppe mon corps de flux tendus
la mer apprend de mes humeurs ce qu'elle sait déjà ; la mer, immémoriale, accouche de moi, une nouvelle fois... autrement que ma propre mère
la mer suit son vent sans se soucier de moi ; la mer pulse le vivant, comme on allume une bougie et ne reçoit le souffle humain que dans le respect de sa flamme
j'effleure la mer, son écume, de ma respiration éphémère ; je rencontre la mer par l'odorat—sensuel et envoûtant ; j'attends... l'effet sur moi de son évaporation