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... à la mer

la mer est vieille de nos histoires, anciennes au fil des flots ; elle recueille toutes nos pleures, toutes nos peurs, tous nos drames, et les finalise en nos destins

la mer est jeune de nos vitalités, surprises dans son berceau ; elle nous dissémine en mille silhouettes dans un même bain, et immerge nos erreurs

la mer, sos, en sa respiration : ses poumons de sel bientôt dégueuleront la lie que l'homme leur fait fumer ; alors la mer, malade, ensevelira l'homme pour se guérir sans lui

la mer est une fleur à jamais ouverte en sa corolle dégarnie ; totalement offerte, elle absorbe ses amis, comme ses ennemis

la mer régénère son instinct de vie : sa faune la réveille dans des pulsions d'envie

la mer vide mes pleures et berce mes rancoeurs ; la mer recueille l'âme perdue que je suis et enveloppe mon corps de flux tendus

la mer apprend de mes humeurs ce qu'elle sait déjà ; la mer, immémoriale, accouche de moi, une nouvelle fois... autrement que ma propre mère

la mer suit son vent sans se soucier de moi ; la mer pulse le vivant, comme on allume une bougie et ne reçoit le souffle humain que dans le respect de sa flamme

j'effleure la mer, son écume, de ma respiration éphémère ; je rencontre la mer par l'odorat—sensuel et envoûtant ; j'attends... l'effet sur moi de son évaporation

emily et sa main

... comme emily, j'attends le Temps, quand il se présente disponible—tendre ou sévère

dans l'intention, je n'introduis aucune politesse ; dans l'immédiateté, je ne diffère aucun sentiment ; je cherche la rugosité et la souplesse du Vivant quand il s'invente... selon l'Immanent

comme emily, je m'abîme en différant ; comme elle, je resurgis en me raccordant

je ne parle de rien

je ne me surexpose qu'en conscience dans le Blanc ; pourquoi portait-elle du Blanc ? exclusivement

pourquoi se dévouait-elle tant ? patiemment... au chevet de sa mère ; elle, si sincère

pourquoi suis-je encore si peu 'cela' ? si peu rangée, si peu sage moi-même ? je sens le bouillon et la passion ; je sens la lourdeur et la fadeur—sans trop de distinction

il y a les zones franches, et celles de confusion

je ne suis aucunement 'propre' sur moi-même ; le goût de la terre, je l'ai, installé dans la bouche, constamment—mélangé à des paroles vagues ou affirmées, indolores ou rebelles, consenties ou déplorées

mes mondes l'un de l'autre sont si différents

je ne constitue pas mon axe majeur—en dehors du geste présent, qui fait mon bonheur