la Vérité et moi

la Vérité—sa qualité—sa dureté, sa brillance, sa netteté, sa tendresse

la Vérité—son règne—sa perfection, sa froideur, son altitude, son éclat

la Vérité et moi

la Transparence et toi

l'Immanence des situations et la Liberté des vagues—dont on ne sait si elles nous soutiennent ou nous éconduisent... vers le large

tout cela est présent, puissamment, fondamentalement, innocemment : on est tous plongés dans l'Origine commune, en un Karma tissé, maillé, en un patchwork émergent, contraint

je ressens la pression... de l'effondrement ; c'est physique comme un éboulement, éthérique comme un flux : une dépressurisation, une dévitalisation ; une fuite, un évanouissement

la réalité dernière, agonisante, progressivement disparaît, assurant la fin saine et définitive de celle d'encore avant

nous sommes tous renaissants ; tous nouveaux-nés

nos âmes ne sont pas meurtries : elles se reconnaissent mutuellement et s'accueillent en une peinture arc-en-ciel ; chaque rayon parle de nous, individuellement et relationnellement : nous éprouvons le besoin les uns des autres

chacun trace son chemin d'endurance ; chacun inonde sa route avec ses doutes ; chacun ressurgit de sa nouvelle mort, tel un enfant miraculeusement ressuscité

on se regarde ; on se sublime... dans le sourire de l'autre ou dans les larmes en soi

on s'oublie ; on communie... dans le langage des sourds ; on se transmet des ondes

... ces 'précieuses', dans lesquelles je baigne comme dans la Vérité blanche... et translucide

une même prière devant la Lumière : que ce qui est soit, là devant nous... dans son développement abondant et déversant

que les oiseaux roucoulent de nous voir ainsi, le coeur grandiose et évanescent, les poumons pleins et subtils, le squelette debout et marchant

nous nous accompagnons au pays de la discorde et de l'harmonie—en territoire "ami"

nous pouvons tout nous dire, dans la limite de la suspicion et de la douleur ; nous pouvons tout nous avouer, avec la marge d'erreur de la pudeur

nous dansons par deux

nous volons par trois

nous nous dissocions de nous—au sens large ; nous nous en rapprochons—au sens intime

mon attention est permanente ; ma vigilance s'active en arrière-plan ; mon fond est tout sauf plat ; mon teint se fait pâle

je descends profond en moi pour ne pas perdre ma distance ultime : celle qui me fait être avec toi, ne pas vivre sans toi

j'alarme chaque fenêtre et referme tous les placards ; je brandis mon arme pour appeler l'exister demain : comment ?

je cale en mon imagination

je me traumatise en dévotion

j'implore ce qui échappe à ma triste volonté, ce qui naît de la seule identité ; ce qui déjà est contenu dans ma voix, ce qui déjà est radieux dans ses yeux

la douceur s'immisce avec lenteur et difficulté ; elle se traîne dans des couloirs obscurs et débarque par nécessité, comme une effraction

je demande aux Anges qu'ils nous apaisent, chacun en notre demeure

je demande aux Anges que, bien distinctement, ils percent et réceptionnent nos inconscients, en les graciant

je ne peux davantage m'immoler que maintenant

je ne peux davantage discrètement me risquer et bruyamment m'exposer

la sueur et la suie se mêlent à mon haleine fraîche et vivante

je cours pour échapper au pire ; je cours pour attraper un destin, pour façonner 'le meilleur'

lui se relève à peine ; entre l'ombre et l'azur, lui cache mal sa souffrance : les bas fonds rôdent autour ; sa maison, trouée, le protège de manière non-étanche

il lève sa contemplation vers le soleil

sa poitrine se remplit de chaleur : l'univers, jamais absent, lui donne la mesure de lui-même ; l'océan est sa métaphore : rapidement, comme un dauphin, il y plonge

je le vois s'échapper au levant et se dissoudre dans le sel qui, comme lui, contamine mes migraines

je l'attends, en me recueillant, telle une jeune fille, telle une momie

si je ne le vois revenir, au moins je l'aurai "confié" et, dans le don, me serai libérée... de cette oppressante confrontation

l'exigence est d'être en adéquation : car ce qui se produit réellement est juste 'créé' !

ce qui nous permet ce geste nous fait juste entrer dans la rugosité des faits—pour un saut de côté, pour un pas sans frayeur, pour un jet téléporté, pour un bon mètre de gagné

on avance ; ensemble, on écrit le mystère de nos incarnations, dans ce qu'elles ont de plus bref et de plus vif à nous raconter

je ne me sens pas seule

dans l'histoire partagée, je compile le carnet-de-bord—sans adresses

dans la navigation commune, il m'arrive de tenir la barre... en mineur

le théâtre des prétendus personnages se couple d'une mémoire agissante des acteurs—qui, en silence, ruminent et s'impliquent

je les suis, comme dans mon sang ; je les enveloppe, comme dans ma peau

j'en fais trop

je m'épuise sans eau

je me grandis en ignorant mes propres coulisses, épuisées, mes propres oraisons, attaquées

le clair-obscur se fait insistant : il dynamise l'espace en un passage... unique et glissant, étroit et accéléré

le goulot désobstrué est celui d'un désir ravivé : les chairs, directes, se retrouvent en une transe

elles ne croient que ce qu'elles sont capables de célébrer, sans simuler

... et les cris sont légion