où je suis ?

où je suis ? au creux de la mer ? au centre du cyclone ?... dans le flux des indécisions, dans le coeur des émotions

où je suis ? au septentrion des navigations... à la diagonale des migrations

je contemple... l'ordinaire en tourment, l'atmosphère en révolution, l'improbable en devenir

je suis native de toi

je suis immersive de tes horizons

l'astre rougeoyant plonge dans le lacustre de mes vingt ans, et me ramène à l'âge courant, généreux et brûlant

j'écoute... le son familier du dessous de l'eau, quand celle-ci teinte ses perceptions—étrangement, singulièrement, outrageusement

le poulpe se colore de mille feux, comme un épais et luminescent papier torchon ; il tortille ses ventouses en de gracieuses et inutiles gestuelles

il danse, sans masquer la démonstration de ses affections ; sans réduire le champ de ses pénétrations ; sans abandonner la spontanéité de ses dons

le poulpe est au monde ce que le cristal est à la lumière

il diffracte la multiplicité de ses rayonnements corporés pour les exprimer en de plus petits effleurements, en de plus petits serments

il te dit de l'enlacer... jusque dans la nuit, aux limites de la perspective permise

il te dit de l'énamourer... jusque dans l'obscur des sentiments pluri-distribués, jusque dans le chaos des instincts chevauchés et des passions cumulées

et il dit "merci" à chacune de tes caresses sur sa peau à lui

les autres sont des présences devenues partagées ; les autres sont des précarités devenues sinistrées

les autres se foutent de moi

ils se mordent pour accéder au sens de ma discrétion et à la tournure de ma déraison

ils se plaignent de mal comprendre le règne... de la torpeur qui gèle les meurs et paralyse les imaginations

je ne suspends aucune de mes connectivités, mais amoindris le régime de ma foi en ce que je vois

la confiance naît de la transparence à émerger parmi les autres à la façon de l'Ange

la confiance arbore sa démence à résolument 'croire en soi' plus que dans les circonstances

crues, vives, réalistes, vraies... mal digérées

je m'assois près de toi

je ne prétends rien ; je précise seulement ma temporalité, pour saisir ce qui te fait 'être toi' à l'endroit de moi

je m'évanouis de ne pas éprouver ton regard, de ne pas étreindre ta voix, de ne pas arracher ton sourire... pour un semblant de toi

ma présence te reste fixe—telle la poussière sur les meubles d'une demeure abandonnée ; passent les siècles

ma présence te reste fidèle—tel le chien au bout de sa laisse sur le chemin qui là l'a laissé ; passent les odeurs...

rien ne le chassera de sa dernière vision, de son ultime compulsion, de sa plus chère excitation : il ne pense pas "trahison", mais "comblement"

les manques à soi-même sont des générateurs de survie ; les attachements, des machines à 'se dépasser', sans nécessairement un jour totalement se retrouver

j'active ma marche dans le sens du phénomène présent—extravagant, passionnel, mourant

j'enracine mes heures dans le sens de la seule dilatation et de la seule friction, pour faire apparaître les jeunes pousses, sans fleurs

je navigue dans les ondes comme on descend vers le ciel, porteur

le monde, renversé, sème le poison de ma raison ; le monde, inversé, infuse mon courage et ma dignité

je n'imagine pas d'écart plus grand ; je ne me repose dans aucune caverne ; je ne m'immobilise selon aucun préjugé ; je coule mon être dans le fiel et dans le miel, dans l'ortie et dans le romarin

j'envisage mon souffle—qui se diffuse sans retenue parmi les miens... pour qu'il te touche sans t'ébranler, pour qu'il te saisisse sans t'agresser, pour qu'il se fonde à tes pensées

autour de moi, j'harnache une sécurité, pour ne pas oser... dire la vérité, violenter la colombe, et sombrer dans l'oubli

l'harmonie est de plomb

le son est une ancre mortelle, un divin messager, un tourbillon de rêves, un épuisement des conquêtes et un éternel recommencement

le son est ton être

le son est ma réception

la note sombre évolue dans sa mue ; la note claire écarte le démon

nous sommes deux : à demi-philtre, l'amour nous grise, toutes les deux ; il nous allège de nos tremblements, de nos affaiblissements, de nos faillites et de nos schismes

je ne veux pas le mal ; je n'appelle pas la séparation ; je crie

la justesse de mon timbre aiguise mon ardeur à en débattre avec les coeurs—chacun à sa place, majeure ; chacun dans sa propre candeur, dans sa propre chaleur—sans peurs, sans pleures

je réceptionne ton humeur ; j'y entrevois le cumul de mes doutes et de mes questions

sois toi

suis-je "moi" ?

où ? tout cela

où ? avec ou sans toi

où ? jamais loin de tes récits, jamais coupée de ta voie