tu ne parles...

partir de maintenant ; ne pas savoir décrire : ne pas stabiliser la perception et alimenter l'anxiété

se répéter

rester tapi, bloqué... à l'affût de la prochaine histoire—de l'imminente libération, de l'intérieur vers l'extérieur

décrispation, souffle ; circulation, énergie : tout grossit dans le noir de l'ombre, tout s'estompe dans le rayon du phare

un, deux, trois : je respire ; j'échange cosmiquement ; je parcours les différentes couches des entités subtiles, et je descends à l'essentiel qui est là—bien protégé entre toi et moi, bien diffracté entre toi et elles

les équilibres se sur-régénèrent en une verticalité attilesque : il nous faut tenir ensemble ; et il nous faut aussi nous aimer

librement, délicatement... communiquer, et mutuellement nous inspirer

deux déesses, deux détresses ; une seule et même confiance : un accord sur l'AMOUR, une candeur dans le DON, une ouverture SANS CONDITION

on accueille la même réalité

on se redresse sur la même Force—celle de la pureté, sans saisie, ni attente en retour

la féminité nous enveloppe de son SON

les notes nous lient, comme un commun amant, comme une lame de fond, une plaque-à-vent

ton coeur brille de mille larmes ; le mien s'alarme en plein feu

tu tournoies indéfiniment dans ton air ; je consume sans fin ma flamme

tu inspires ; j'expire... ou bien l'inverse ; tu finalises ce que, dans la peine, je commence souvent

tu aspires mon miroir en une image ronde ; tu inondes mes émois passionnels envers lui

j'éteins ton territoire 'trop certain' ; j'allume ce qui pour toi viendra demain : une vision claire et complète—la capture réelle du terrain

il ne te le dira pas lui-même

le puzzle éclate en morceaux, puis se reconstitue en fragments : connaître la VÉRITÉ ; se mettre en présence de la LUMINOSITÉ

... douloureuse, nourrissante, captivante, magnifiée

... éblouissante, pénétrante, stabilisante : née peut-être 'deux fois' ?

j'avance dans ton couloir ; j'en vois la fin ; j'explore ton monde quintessent et me dissous dans tes glissements

la foudre ne me guide pas ; le ver en moi rampe par dessous la fleur et épanouit la couleur

j'entends des tintinabulements à chacune de ses arrivées ; sa voix grave me ramène à moi-même et m'ancre dans mes chairs, tremblantes et satinées

je résonne enfin

je te laisse à ta fraîcheur... que je ne sens qu'en impression

je te confie à ta justesse... que j'imprime dans ce que je pressens

je m'exile en la pression de mon âme qui relie les deux infinis : et j'écris

j'écoute le mystère de la rencontre—entre deux ères qui in-sagement se chevauchent, s'égratignent et se brûlent

le silex en nous frotte une étincelle mortelle—un éclat de cristal, une fonte de sel, une eau de source

la profondeur atteint nos Coeurs gros et emplit nos fragilités marines

nos sacs sont pleins : sans rien dire d'eux, ils se vident en un unique suintement, en un cri simple et angélique

je transforme le Diable ; je touche mon Ange : je rejoins le Tien

en un élan, en trois mouvements ; dans l'élévation, la liberté et, sans doute, un peu de déraison

sur place, je ne m'immole plus... telle une bûche de plomb ; je profite de toi—légère et souveraine, qui danse et qui chante... telle une chamane céleste

en t'imaginant, je referme ma solitude : tes états ne sont pas les miens ; tes états, donnés, sont ceux 'des grands'

j'encaisse, je me surpasse... au pays des coups dévoilés sans embarras, des innocences balancées sans mémoire

je me fais 'petite'—tel un vieux papier-chiffon usé, telle une boule de crépon fatigué

en moi, l'araignée se replie pour survivre à sa destinée : elle demande qu'on ignore un temps son sort, triste, pour ensuite difficilement se le ré-approprier... en de multiples écueils de redéploiement

il y a ébranlement, glissade, accélération et fuite : en un vertige final, la bête en moi chute... pour vous

... mon amoindrissement vient de votre part à vous, immense—ou bien l'inverse : j'ai rendu 'disponible' cet horizon de moi en ne l'habitant pas

je le sais ; je tourne le dos à 'cette connaissance', qui pourtant m'étreint aussi : je ne suis pas que trouble ou que souffrance

un soir, mon ciel a été bouché... par d'indéfinissables catastrophes, par une vie de préoccupations et une migraine faite de compulsions

j'ai été l'enfant quittée, devenue errante comme le vent erratique et violent ; j'ai été l'animal attaqué, impuissant sur son mal naissant, en sa singulière fidélité

je me tourne vers lui et je lui dis : que les oiseaux reviennent toujours au seul nid qu'ils connaissent, et que les grâces alors se re-manifestent en une seule et même émotion

pleine, directe, familière... : 'je t'aime', en une bourrasque de chêne ; mes racines, longues, s'enfoncent dans les tiennes—pour que, droite, je tienne

... et continue

silencieuse et sereine—au moment de la sirène, à celui de la naissance ou à celui de l'extinction

'je t'aime' en rêves et en actes, en suavités et en convictions

je me grandis de ta sève, m'allonge dans ton écorce, enlace ton tronc, grimpe dans ta feuillaison, me réfugie au haut de ta cime—depuis la fourmi qui te chatouille la souche, et plus en-dessous

tu ne parles... que pour, à moi-même, me faire évanouir ou pour, à toi-même, me faire ressurgir

ton regard m'éclaire ; ta main me réchauffe ; ton timbre me dévêtit

physiologiquement bercée, je demeure au bord de la nausée, en pleine désorientation forcée

amoureusement plantée, je file forte de mes sensations à venir, à peine esquissées

...