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je perds mes repères

la solitude, c'est quand l'angoisse, la somnolence ou la migraine nous empêchent d'apprécier le monde en sa chaleur, en sa couleur, en sa valeur

l'aigreur, c'est quand le déluge au dehors nous autorise à légitimer notre enfermement nonchalamment prostré derrière la vitre, ou notre réclusion douloureusement penchée sur l'ordinateur

vous êtes là

je m'imagine 'vissée' quelque part en vous—là où c'est stable et dans l'interrogation permanente de l'enchaînement suivant

en ce moment-même, je m'immerge et me rôde, comme vous, à ce texte qui va prendre forme indocile et temporaire

et je m'endors avant même d'avoir pu vivre l'aboutissement de ma respiration

tout me contrarie ; tout me devient aussi indifférent et indolore... je perds mes repères ; toutes les causes sont belles ; tous les engagements sont fiers ; tous les désistements sont de simples naufrages à pic, loin de toute terre ferme

je m'égare, refoulant la douleur ; je m'échappe, négligeant le malheur

les apparences mentent modérément : je n'ai plus rien dans le coeur... et plus que ma sueur pour exprimer mon ennui

je m'interdis tout du fond de moi-même ; j'envahis le vide et décrète que, même lui, est fini

mon trouble reste en toi

je devrais laisser reposer ma fatigue d'écrire—de nourrir des images et de choisir des mots

je devrais laisser vivre les stimuli psychiques sans plus les traumatiser en les surexcitant

je devrais accepter de sombrer dans l'anonymat des journées ordinaires, remplies de tâches sans plus de boussole

je devrais, plus simplement, laisser éclater ma frustration ou mon indifférence à tout ça, et suspendre mes divagations en orbite

mais mon périple continue... sans que je parvienne à l'user ou à le résoudre plus que cela : il me rend vivante et fière

il me rend 'voyageuse' à l'intérieur d'un mystère—en peu d'expressions pour l'expliciter, en beaucoup de phrases pour le visiter

je me raccourcis, en ce sens que le verbe sans cesse se reforme là où précédemment il se trouvait, succombant aux quasi mêmes affirmations

la musique du texte me manque, davantage qu'avant ; là, j'écris dans l'harmonie et le silence...

des acouphènes viennent me perturber l'haleine : je la perds au profit de lexiques chroniques et la pellicule du film se raye, avant de rompre

installée là, bien confortablement dans ma salle de projection personnelle, je rêve... jamais assez profondément pour endormir mes craintes taciturnes—passer en dessous, et me reconnecter aux fonds qui font l'horizon profond—le violet