la solitude, c'est quand l'angoisse, la somnolence ou la migraine nous empêchent d'apprécier le monde en sa chaleur, en sa couleur, en sa valeur
l'aigreur, c'est quand le déluge au dehors nous autorise à légitimer notre enfermement nonchalamment prostré derrière la vitre, ou notre réclusion douloureusement penchée sur l'ordinateur
vous êtes là
je m'imagine 'vissée' quelque part en vous—là où c'est stable et dans l'interrogation permanente de l'enchaînement suivant
en ce moment-même, je m'immerge et me rôde, comme vous, à ce texte qui va prendre forme indocile et temporaire
et je m'endors avant même d'avoir pu vivre l'aboutissement de ma respiration
tout me contrarie ; tout me devient aussi indifférent et indolore... je perds mes repères ; toutes les causes sont belles ; tous les engagements sont fiers ; tous les désistements sont de simples naufrages à pic, loin de toute terre ferme
je m'égare, refoulant la douleur ; je m'échappe, négligeant le malheur
les apparences mentent modérément : je n'ai plus rien dans le coeur... et plus que ma sueur pour exprimer mon ennui
je m'interdis tout du fond de moi-même ; j'envahis le vide et décrète que, même lui, est fini