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dernier geste sensible

voici venu le temps du dernier geste 'sensible'... avant l'embrasement

... avant le choix, avant le feu, avant la croix

... avant l'envolement, avant le flamboiement, avant la grâce

avant... plus aucun épuisement ; depuis ici, il faut se l'imaginer

"si la tristesse est conscience d'une absence, la joie est conscience d'une présence", disait l'auteur

le Tantra est Joie ; je l'attends

... telle une Présence en moi—immodérée, fondée, connaissante et frappée !... mais Qui est-elle ?

la Présence ne se ressent que sur l'accord ; on l'acquiesce et on la respecte ; on la laisse tranquille en feintant, ou on l'attise en l'épousant

on la précède, et on se donne à Elle ; après Elle, on disparaît

la modalité "humaine" est enfreinte : on devient "spirituel"... pourquoi ? parce que "joyeux", on ne peut l'être seul, et que notre altérité dans la Joie est une autre Joie—elle-même tirée du Ciel

on peut donner

le silence est le seul qui ne répétera pas les mots, déjà entendus

la musique se lasse, s'alanguit, se tasse et s'assourdit ; on ne l'entend plus que déformée par nos souffles dissipés, désynchronisés

... qui reprennent leur liberté et se disloquent dans les velléités

je remets le casque pour rassembler mes forces et repartir de la bonne oreille... dans l'aléatoire des rythmes syncopés

je descends dans l'antre du loup, dans le creux de rien : à l'intérieur, il se passe si peu ; il semblerait même que les dieux en soient 'jaloux'

cet état de demi-mesure envahit tout ce qu'il nous reste à vivre de commun et de grossier, de lourd et de fastidieux, de grotesque et de fascinant

je m'isole un peu plus encore pour regarder surgir le geyser du fond : il suffit d'approfondir ce qui, en nous, n'existe pas apparemment

qui que l'on soit, on verra toujours apparaître l'aura du mystère et affleurer l'identité du Soi

quoi que l'on quête, tôt ou tard, on infiltrera l'or des manèges, le pourpre de la mer et le bleu des nuages

la pose du gourou sur nous n'aura plus prise, car nous serons devenus plus immanents que lui encore—moins volontaires et moins conscients aussi

combien de pierres blanches ?

l'homme n'est pas fou ; il ne rêve pas non plus ; l'homme s'illumine au contact de sa réalité intime

l'homme se creuse en sa dimension teintée de coupures abjectes et de temporaires sublimes

il danse au-dessus d'une fosse invisible aux mortels

il serpente parmi les âmes errantes—toutes indigènes en nos contrées recluses

les déserts y sont des refuges pour s'y suspendre incognito

l'ouvrage de l'homme le trahit par le nombre de pierres déterrées de sous le sable brûlant

combien d'impacts sur les arbres ? combien de vies sous les coups ?

l'homme alors devient fou... il s'accapare le soleil pour s'aveugler, retiré aux yeux du monde

l'homme alors tourne sur lui-même en une chorégraphie chaotique et surprenante : il appelle les voix qui ne lui répondent plus

"êtes-vous là toujours ? dois-je vous craindre ? vous êtes-vous dissipées ? dois-je vous plaindre ?"

l'homme regarde la tête-en-bas ; à l'envers de lui, les pieds ancrés dans le ciel, il est bien plus à l'aise : correctement érigé, il marche à grands pas, se décapitant même le cou pour dissiper le mal

je m'incline...

on ne peut pas... on ne peut pas 'ne pas'... : écrire, rêver, nourrir, argumenter l'espace paradisiaque de la création

on s'en veut... d'être à ce point-là dans la recherche des pâles lendemains et dans l'heuristique des fonds humains

à l'origine, on ne sait pas... ce qui se vit en nous de plus fondamental ou de plus fidèle : on teste sa lumière ; les réponses énergétiques néanmoins sont claires—c'est un yoga du son, tantrique et solaire

les réponses se découvrent aussi lentement—intensément, immensément

dorénavant, certains dés sont tombés, non par l'effet du hasard, mais par celui de l'épreuve

avancer en aveugle requiert d'adhérer au plus près de tout ce qui se manifeste, pour en évaluer l'expression, la pondération, le bienfondé

je poursuis mon périple dans l'antre de la Chose—non-indemne d'inquiétudes présentes, ballotée au gré de surprises à venir

l'Animal me rejette : il convulse ses boyaux pour régurgiter l'étrangère en son sol vierge

je dissimule mon émotion : terrifiée, je m'aventure, désormais plus au calme, dans des couloirs sombres ; dois-je m'imposer ? pour cela, je rentre davantage en profondeur

mes yeux sont seuls à y voir clair ; le reste est plongé dans l'opacité d'un noir de suie

l'épaisseur est réelle : je suis le fantôme, évoluant trop bas dans les couches terrestres et inconscient de sa propre prégnance—intermédiaire

mon trouble reste en toi

je devrais laisser reposer ma fatigue d'écrire—de nourrir des images et de choisir des mots

je devrais laisser vivre les stimuli psychiques sans plus les traumatiser en les surexcitant

je devrais accepter de sombrer dans l'anonymat des journées ordinaires, remplies de tâches sans plus de boussole

je devrais, plus simplement, laisser éclater ma frustration ou mon indifférence à tout ça, et suspendre mes divagations en orbite

mais mon périple continue... sans que je parvienne à l'user ou à le résoudre plus que cela : il me rend vivante et fière

il me rend 'voyageuse' à l'intérieur d'un mystère—en peu d'expressions pour l'expliciter, en beaucoup de phrases pour le visiter

je me raccourcis, en ce sens que le verbe sans cesse se reforme là où précédemment il se trouvait, succombant aux quasi mêmes affirmations

la musique du texte me manque, davantage qu'avant ; là, j'écris dans l'harmonie et le silence...

des acouphènes viennent me perturber l'haleine : je la perds au profit de lexiques chroniques et la pellicule du film se raye, avant de rompre

installée là, bien confortablement dans ma salle de projection personnelle, je rêve... jamais assez profondément pour endormir mes craintes taciturnes—passer en dessous, et me reconnecter aux fonds qui font l'horizon profond—le violet