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... la Vie se noue d'un cran

la colonne entière, purulente, libère poussivement son liquide gras et épais ; à la surface, une gangue se forme, séchée au soleil jusqu'à durcir définitivement

cet animal, cette sorte de limace—blanc d'oeuf jaune-vert, mousseux—c'est moi dans le fer

je ne suis pas autrement

cette substance, je la bave de détresse, sans plaisir, ni justesse

comme cela, l'instant est vivant et le Tantra purement Animal

la qualité de la survie se mesure à l'aune de la fluidité sanguine—sans grumeaux

je te regarde, mais ne te vois pas : le courant est éteint ; les flux atrophiés cherchent une issue dans l'aggloméré

entre nous, le fiel

cela, je ne sais pourquoi

c'est un vent, juste un vent ; un tournant lent, un passage temporaire, une poussée dans l'accouchement du présent

chaque jour, se défaire... sans plaire

chaque heure, revisiter sa plaie—sans plainte, ni sentiment

on épuise le sensible

ils sont partis ; détresse immense... aplanie par l'écrit, par l'écoute, par le doute

j'entends le cri

j'entends la Vie... qui gémit, de tant d'envie, de tant de sursis, de tant de folie

j'ouvre un placard : il est vide ; j'en ouvre un second : il est vide aussi

de la pâtée pour chien, et c'est tout

je n'y comprends rien ; je rassemble mes tissus—mes tulles et mes gazes, et recouds ce qui, dans le lichen et la mousse, avec le temps se déchire

c'est organique ; c'est physique ; c'est un fragment de volupté dans un corps dégarni et meurtri

ce qui remonte, directement va au ciel : je n'en touche mot précis, car je me mens à considérer l'éthique de mes idées

je suis dégoûtée... par l'aveuglement de ceux qui rabaissent la complexité au simple niveau d'eux-mêmes, par l'indifférence de ceux qui ignorent l'élévation au creux des passions, par l'insouciance de ceux dont l'éclat culmine sur un brin de rien, le plus souvent non-feint

connaissent-ils le chemin ?

savent-ils l'endurance que nécessite l'expérience ? et la patience qui résulte de l'égarement ?

on a mal aux dents

on se trouve dans un salon, campagnard et cossu, confortable et généreux

on ne se sent pas spécialement d'écrire, mais on le fait quand même

on assemble ce qui nous aide à tenir debout et à dormir sans absurdité

on respire ce qui nous prédispose à la stabilité, à la tendresse, à la positivité

on souffle sur l'inconstance de l'information qui nous berce ou nous heurte ; on est court ; on est clairvoyant

les roses nous rappellent la jeunesse de ces filles toutes fraîches et toutes uniques

... prolifiques et matures

on est en admiration ; on est en fusion... avec le temps de quand on ne faisait pas encore semblant d'être pur ou grand

le temps qui nous propulse dans une spirale en avant, loin de l'origine de nos vingt ans

on est singulier et on est solidaire de ces pousses prometteuses qui verront plus loin que nous demain, et qui illuminent déjà des âges plus sereins