la colonne entière, purulente, libère poussivement son liquide gras et épais ; à la surface, une gangue se forme, séchée au soleil jusqu'à durcir définitivement
cet animal, cette sorte de limace—blanc d'oeuf jaune-vert, mousseux—c'est moi dans le fer
je ne suis pas autrement
cette substance, je la bave de détresse, sans plaisir, ni justesse
comme cela, l'instant est vivant et le Tantra purement Animal
la qualité de la survie se mesure à l'aune de la fluidité sanguine—sans grumeaux
je te regarde, mais ne te vois pas : le courant est éteint ; les flux atrophiés cherchent une issue dans l'aggloméré
entre nous, le fiel
cela, je ne sais pourquoi
c'est un vent, juste un vent ; un tournant lent, un passage temporaire, une poussée dans l'accouchement du présent
chaque jour, se défaire... sans plaire
chaque heure, revisiter sa plaie—sans plainte, ni sentiment
chaque grosseur est un excrément, un nutriment—un excédent de ressource, corrompue au fil de l'absence de courant
des herbes et des fleurs l'envahiront rapidement : des pousses, pas frigides et totalement familiarisées
sous la cendre, des germes intacts
sous la terre, des graines dans leur élément
c'est le yin qui s'exprime, dans une phase d'apoplexie végétale—espoir des futures générations
le serpent s'étrangle dans le goulot
la grenouille régurgite son enfant
... la Vie se noue d'un cran ; ... aucun destin n'est plus certain ; ... aucune ligne ne reconnaît plus son point
elle file au-delà de l'univers, là où il se trouve en expansion... en diversion—en rétention ! en protension ! ; fou, perdu, au milieu de rien ! sans être initial, sans accomplissement final ; sans boucle, ni retournement
un monde étiré, sans 'secondes' pour mesurer le Temps
affolé ; sans émotion ; sans reddition... dans le mal permanent
pourquoi donc se tenir au bord ? pourquoi donc l'écartement ? la marge est la mort
... c'est que la Force, innocente, m'y conduit... pour je ne sais quelle raison ; tel un déchet galactique, un vaisseau déserté, un cosmonaute sans lien flottant ; telle une cargaison sans destinataire, un colis cent fois perdu, un objet anonyme
je suis
je suis sans émergence, ni engloutissement... en résistance soudaine avec moi-même
je m'imagine aux limites de ceux qui les vivent vraiment
peuples fuyant, mères implorant, bébés transfuges... pour un avenir moins cuisant ; sacrifices glorieux de femmes et d'hommes qui, sous le joug totalitaire, la Charia mortifère, crient, paniquent, s'agglutinent, se pressent, suffoquent, se piétinent, meurent
un squelette de plus dans une fosse ou un cimetière
rien de plus pour ces gens
qu'un élan... vers leur jeunesse ! leurs enfants ; procréer, c'est créer le monde suivant ; pulser, c'est défendre le territoire des parents
c'est transmettre quelque chose de grand, d'intangible et de palpable ; un sol bien à soi, une lignée bien solide, un sens de la dignité et de l'agraire
mon archaïque dégueule ses passions ; mon ancestral revendique son mystère
décrochée de l'astre, je me balance, hors mesure, depuis la balançoire de mon enfance—celle qui m'a fait claquer les dents
le Tantra n'est pas agonisant : il demeure dans la sensation du fait existant—dans sa manière de nous toucher, sans nous séduire, sans nous détruire
... juste 'en l'état', dans la catastrophe décrite comme récit déformant
les miroirs ne nous reflètent plus de l'intérieur depuis longtemps
ils n'indiquent plus que notre difficulté à suivre ce que nous vivons
dégrossir la forme, c'est aussi affiner le verbe et dégager l'essentiel
abattre les derniers degrés amoraux du parler outrageux, c'est en soi accepter l'immaturité fébrile, toujours libertine, et la libération balbutiante, déjà fière
je viens de naître
j'ai mille ans
ma vieillesse ne dompte aucun de mes emportements ; ma fraîcheur avive le goût de souvenirs de si loin avant
aucun
aucun ne m'aura reconnue, telle que maintenant je suis devenue ; telle que, devant vous, chaque fois, je me dévêts et me revêts... pour une histoire ou une image de plus
c'est si important
la déficience vient de l'arrêt des 'films personnels' : les tourner vers la Demande, les infuser au travers de la tenue et du rythme ; les noyer dans la tendresse et la poésie
à la manière des vagues, ils sont cadeaux
sans source autre que celle de l'Eau