... dans les combes

les combes se retrouvent seules, d'avoir trop vocalisé sur des ondes centenaires

les combes se savent habitées, du seul animal encore parfois bien disposé

il avance sur le sentier à pas de loup ; il guette le son qui le dirigera, vers une source peut-être ; il ne s'embarrasse d'aucune saison : toutes l'accueillent dans un écrin de flocons, dans un faisceau de rayons

les couleurs des combes deviennent vives : l'eau, les conifères, l'humus et le soleil sur leurs flancs reluisent

tel un métronome, chaque aiguille tressaille et se dresse au bruit de l'appel : au diapason, quelque chose l'ensorcelle

les combes comblent leur être viscéral—à la silhouette invisible, au feutrage inaudible, à l'ombre invincible

les pins et leurs pommes alors tombent de douleur

trop de regrets dans le deuil de la cascade ; trop d'abstinence dans le renoncement aux feux-de-joie

un seul foule le périmètre et réactive la forêt—qui respire, triste et bannie, recluse et honnie

son sombre, la nuit, fusionne avec la pluie

son clair, de jour, frisonne avec l'envie

le souffle grandissant développe sa bulle autour de l'éco-système—dont personne ne sait s'il agonise ou s'il sommeille

l'homme grimpe les chemins des combes, gagne en altitude pure et finit par atteindre les sommets

chaque fois, à la muse des lieux, il s'en remet : elle, qui véhicule l'air et les semences, d'un versant à l'autre du bonheur

ses lunettes sont embuées ; ses chaussures sont maculées ; ses gants sont gelés ; ses habits sont légers : il n'est pas acclimaté

le dernier recueil de poèmes est pour lui

l'ultime 'merci' depuis la scène est de lui

que sait-il de ma vie ? qu'imagine-t-il de mes nuits ? et de mes ennuis ; de mes arabesques ? et de mes convulsions

que veut-il... au bout de l'enfer ? au bout de la misère, dans mon coeur

j'emmagasine ce qui gît, béant ; je ramasse ce qui nourrit la poudrière

comme déjà, les trajectoires sont lisses et torves, tranquilles et dramatiques : pas un cri—pas un chuintement, pas un gazouillis

les portes explosent dans la soufrière, mais restent closes : rien n'apparaît, rien ne se distrait... rien ne s'éteint

tout est anodin, vide, mécanique ou feint... sans sentiment conscient—extase ou lamentation, hilarité ou anxiété

ni révélation, ni extinction—statut quo

les combes se referment sur l'homme, dans l'abstraction de son avancée vers moi, dans la reconnaissance pour son sourire à mon endroit

cela reste vif et vivant ! jaillissant depuis le plus profond de l'attachement

... depuis la plus surprenante des enfances, se racontant, infiniment

je fais fi de mon appartenance—à ceci, ou à cela : à ma famille ou à l'erreur

j'arbore le phénomène dans la discrétion de son enchevêtrement, difficile, dans la lenteur de son incertain à donner, dans l'immanent de sa confiance à devenir

j'emmêle les fleurs, pour qu'il n'ait plus jamais à les dénouer à l'envers de leur forme naturelle

j'écarte les pots-de-terre, pour qu'il ne puisse plus jamais les jeter au sol au point de leur faire rendre leur sel

j'en compte, un à un, les vers nourrissants—gesticulants à la lumière

j'en compte, une à une, les racines dernières—aussi longues que sèches

j'en repère une, bien grasse : serait-ce la nôtre ? qui, sans fin, s'achève et se régénère, sans même que nous l'ayons bien sérieusement replantée

tout se vit à l'instinct

dans l'urgence des circonstances, variables et passagères, rapides et brûlantes

pas le temps de réfléchir, pas le temps de mourir ; ... juste celui d'éternellement vieillir

les vérités se traduisent dans des mensonges à demi-reflets ; les aveux se commentent dans des formules à effet plat

les membranes se déchirent sans plus de suintements, mais les ongles encore se plantent dans des chairs souffrantes

les abandons détournent leur regard des zones de leurres, et des aires de malheur : les heures s'écoulent à rebours de l'universel

alors je pique mon piolet... dans l'écrit de mes rumeurs

alors je dévie mes humeurs et les couche sur des lignes grinçantes, primitives, envahies, gonflées, débordées

le paysage sauvagement dépeuplé s'accorde avec la sagesse de l'ermite, habitué à en prendre pour son grade dans l'immensité

sait-on jamais si ce que l'on fait est bien ?

que nous reprochera-t-on demain ? et le jour suivant... qui doucement nous fasse évoluer vers le néant protecteur, vers l'absence de refuge, vers l'être heureux

j'érige mon ridicule en famine

je brandis ma précarité, sans inutile

directement, je me lance un défi : ne pas s'arrêter là, exactement là, dans le désert

faire quelques traces—sans les contempler des yeux, sans les comprendre depuis l'illusion

passer

je ne cherche que 'toi'

... dans les combes, aux senteurs 'vert sapin'