rien n'éclate
le cri est strident ; le resserrement crispant ; à une tête de l'océan, l'atmosphère est sclérosant
une femme, rien qu'une... et l'eau désespère sa marée, et le feu accumule ses démons, et la glace régénère son emprisonnement
les dualités s'agressent en un litige dément ; les raisons s'agglutinent dans le noir de caissons éphémères ; les coeurs se coltinent de la pourriture sur des plaques de verre
l'insuffisance est première ; je catapulte mon impuissance et ma misère... dans un environnement totalitaire, sans prise sur la réalité native
la haine saisit 'sa reine', seule contre l'apôtre de la maîtrise et de la tranquillité : mais rien n'est sous contrôle
ainsi tremble la terre
ainsi s'ébranlent les os... pour une aigreur maternelle, pour un sommeil grandissant ; pour une journée de calvaire, pour un hiver prochain ; pour un brin de néant, pour un élan surgissant
justice ! clarté ! bienveillance ! vis-à-vis des choses telles qu'elle sont—sans voile obstruant, sans filtre avilissant
quel est ce meurtre, à portée de deuil grandissant ?
quelle est cette agonie, en lente et cruelle stagnation ?
quel est cet éblouissement, de l'Eglise apparente dislocation ? dans l'affect déviant—avivé, ordonné !... perturbé, harassé
il n'y a de tyran que l'âme vindicative des mal-sauvés
il n'y a de vaincue que la volonté de celui qui un jour se croit 'élu'
les Dragons sacrés eux aussi expriment leur désarroi ; ils n'ont plus accès... aux oubliettes fustigées
les colères sont embrasées ; les gueules sont ouvertes ; les urines sont fétides ; les sels sont corrompus ; les mondes sont abandonnés
c'est le quart-univers ; le dessous de la Terre-Mère : sa face mortuaire
j'y dépose une gerbe à la va-vite... pour qu'aucun souvenir ne vienne ternir mon rapport éternel aux fleurs et à la Vie, pour qu'aucune ombre ne vienne grandir sur le linceul de celle qui bien mystérieusement m'a donné la vie
je m'abstiens de sentiment
je retiens mes évanouissements
que s'ouvrent les corolles par dessous les cristaux de diamant, et que se referment les dalles au-dessus des cercueils blancs
que la Paix envahisse le silence mat, où l'on n'entend plus aucun sanglot, aucun oiseau, aucune respiration, aucun crissement
c'est le moment
de l'accomplissement, de la Grâce et du Don : quelqu'un se présente pour la redresser—pour la lever et pour l'élever, au-delà d'elle-même dans la félicité
un seul pour la re-naturer
un seul pour l'aimer
jusqu'à la fin, je lui demande son aide précieuse et salutaire, son accompagnement simple et éclairé : sa main
que je ne me méprenne pas d'adversaire
que j'accepte... de ne pas penser, de ne pas sentir, de ne pas comprendre
que je m'isole en mode 'unifiant'—pour la justesse de mon savoir-faire, pour la poursuite de nos existences, pour le bien des vivants
pour l'avenir de mon enfant... qui, peut-être, une fois, lira ce poème
là où tout est dit de son ascendance asphyxiée et de son aspiration à renaître
là où tout est à considérer—de l'ascèse au délire, de l'emphase à la discrétion, du trèfle au chardon, du fantôme au lutin
mes absences de jeunesse n'ont guère fait chemin
tout se mélange en un éclat vert tonitruant : les coques des bateaux se fêlent et les algues longues s'enchevêtrent
il n'y a plus d'Archimède
se confirme la coulée-à-pic de la vieille épave vermoulue, rapidement engloutie, et définitivement recouverte d'une obscure chape de plomb : l'oubli des épreuves et des efforts, des terreurs et des espoirs, des courages et des tentatives
vaines
comme un filin échevelé, toute mémoire se désagrège—si elle ne se transmet pas
l'écrit, ce radeau de survie, engage la main à ne pas se taire ; au bout d'elle, la possibilité d'une intelligence, la capacité d'une interaction
alors, dans la traduction, on ose la création ; on envisage la relation ; on aborde la normalisation
l'emmènera-t-on ? pour un plein ciel, malgré les plaintes, les trahisons et les condamnations
l'emmènera-t-on ? pour un plein pardon... 'petit' dans la trame inconditionnelle de l'horizon, 'géant' dans le grain initial du caillou
elle est une part de mon destin
à force de surpassement, elle devient le germe de croissance de mon primaire rhododendron : que d'écorces, que d'épines ! mais, si puissantes les couleurs !
je me dégage des petites feuillaisons pour apparaître encore fraîche, sensible et vraie
je me rince à la pluie intermittente pour enguirlander Lucifer
... pour vivre sans mystification, mensonge ou culpabilisation
ma rage s'estompe au fil de la mise-en-forme—lisse, rapide, sincère et liante
je glisse à revers de ma pollution ; j'élabore l'assurance de ma récupération
tenir le bâton, planté loin dans la situation ; arborer l'écusson—celui de l'armée en faction : je ne peux que le déplorer
érodé par les fatigues, le Temps progressivement passera sur ces évènements
les laissant à leur anéantissement pur et certain
que restera-t-il d'elle ?
me serai-je abimée ?
m'aimera-t-elle ?
me souviendrai-je seulement d'elle ?
ou bien... au nom du mal de tous, m'aura-t-elle déjà dévorée ?