rien ne progresse, ni ne fonctionne ; tout est plus clair, plus léger et plus percutant—dégagé de l'engoncement, libéré de l'enfoncement
je trie mes chaînes
elles me ramènent à un monde autrement fabriqué, à une autre moi-même, que celle que je suis devenue au prix des renoncements
... dans l'affolement constant ! dans l'absence d'amertume cependant
ceux que l'on croyait connaître, déjà alors étaient différents : davantage remplis de relation qu'on ne se le disait à l'époque ; même si pourtant on se souvient avoir su... l'attachement profond
nos cases mentales forment un kaléidoscope fragile, qui s'agite sans se stabiliser
avoir vécu tout cela—sans comprendre ce qui, en ce temps-là, faisait vraiment loi ! on n'en revient pas...
les reconfigurations s'agencent ; les fossés se comblent ; les bribes se côtoient : elles hésitent encore à glisser dans le ciment
une photo, une seule, argentée, résume bien ce voyage : un canal bordé d'arbres aux cimes vers lui lourdement pliées
sur-réelle—une image de fond, une image de plomb ; une image triste... emprunte de mélancolie assumée, teintée de monotonie endurée—tout juste murmurées
l'homme, dans son sillon, les reconnaît ; j'ai envie avec lui d'en parler... lui que, selon mes aprioris, je ne retrouve pas exactement dans sa tribu
lui, qui me semble désormais... à la fois si droit, et toujours si courbe ; car, si son penchant s'est totalement relevé, sa vitalité, elle, s'est encore arrondie... dans l'amour et sous la protection d'une seule maîtresse-âme, au sourire complice et au regard implorant
tout le reste m'échappe mortellement
dans quel jeu de miroirs ai-je un jour évolué ? aujourd'hui, je devais savoir, sans rien juger ; dans l'oscillation, le vacillement et la chute
dans le coeur, dans les fleurs, dans la lumière et le don
tout ce qu'autrefois je n'ai pas compris, je le donne à l'abscons, à la ruse, à l'ignorance, à la duperie et à l'autisme
contre moi-même, je n'ai plus de réaction... plus de décision et plus d'emprise
je ne gère même plus le flux spontané qui coule à torrent, et qui me mène jusqu'à l'écueil de ma vie : au niveau de l'angle mort, cynique et systématique
je considère ma chance de pouvoir reconstruire ma misère—en bon ordre de marche, et cela, sur des années
un jour, QUI m'a habitée ?... jusque dans la mort, sans couverture, ni abri ; sans filtre autre que celui de ma défaillante psyché
QUI ?
... un être par la vie précédemment recueilli et déjà chéri ; un être encore meurtri, qui explorait l'effondrement et la cruauté
et qui investissait les territoires de chacune de ses femmes, comme on parcourt une géodésie
je m'enflamme ; je ne me suis plus... trop de larmes ; trop de temps, trop de drames
avec la réalité, trop d'irréversibles distensions et d'ignobles absurdités : on ne se regarde plus
les morphings de la vie sont des poisons qui témoignent de notre inaptitude à capter directement ce qui est
les coussins au dos droit nous calent dans le bon chemin : celui de l'absorption franche de ce qui apparaît
ce qui au départ se montre diffus, mou et non-infiltrant, progressivement s'affine, se tend et nous pénètre—pour 'faire signal' au dedans
on en rêve ; c'est une trêve... au milieu des montées suffocantes et des secousses délirantes ; une trêve... sans plus de bras-de-fer ou de pieds d'argile
on en rêve, et c'est tout sauf futile : c'est l'accès à la totalité de soi—capable d'intégrer n'importe quel chaos dans le Ce Qui Est primordial et terminal
je veux dissoudre toute ma famine
je veux désassembler toute ma vermine, pour intégralement la liquéfier et solennellement te la donner ; que tu la contemples me rendre pleinement mortelle et patiemment immémorielle
je m'élèverai au-dessus de toi et te bénirai de mes émois, de mes désarrois et de mes joies
je prendrai ceux et celles des autres—qui ne savent pas... et dés-empacterai tous les subterfuges qui leur éviteront de sentir le mal
... jusqu'à ce que ces autres s'ouvrent à la profondeur de toi, en ton Soi—que maintenant je capte et qui m'inonde d'énergie reliée
la Source ne te demande plus d'intelligence, comme à moi-même ; Elle t'active en son incandescence dans un geste fécond
rien ne demeure
tes crises sont passées ; j'arrive après, encore empêtrée dans les miennes
j'arrive bosselée, sans bien appréhender la chaleur du dessous quand, à l'autre, on ne dit pas tout : quand ?...
jamais de ce vivant ! sauf si l'Amour peut le porter...
et le peut-il ? sans se gripper et sans se lamenter ; sans fondre dans l'absence et la folie ?... la dislocation pure de l'Ange en furie
je pressens que les leurres encore feront pression et contorsion... pour s'affranchir des révolutions trop meurtrières et des haltes trop définitives : celles des caveaux
j'entrevois qu'omettre pleinement ou mentir à la marge, comme cela, je connaîtrai ; et que, là, subitement, à cette idée, j'éprouverai du mal-être et de la frustration
avancer sans fondement, et simplement se retourner sur ce qui déjà s'efface, pour le bien du présent
enfermer le secret, que l'on doit être peu à partager, et enfreindre la loi du karma—puisqu'on ne la sait pas, et qu'on ne la veut pas !
être à demi
mais vivre les yeux grands ouverts—avec, en eux, cette barre de fer... qu'il vous plante quand, par dessous, il vous suggère
se lier à l'invisible
et s'en remettre aux situations que portent les saisons
vivre enfin un éveil véritable, le soleil violemment à l'envers !