le summum de la perdition, c'est quand, sans plus toucher terre, on va jusqu'à altérer le sens même de la conduite en vol
les ailes claquent en des mouvements saccadés et déstructurés, retournés et vrillés, sans aucune stabilité sur l'air
pas d'appui ; une voile qui gondole et frappe au vent violent ; ça cogne dans le néant... l'inconsistance du vide est plus forte que la résistance de la matière
on se tord ; on se mord ; on s'abîme
on se convulse et on se s'expurge ; on se démène et on râle... de douleur et de peine
le travail vain n'en voit pas la fin ; le jour s'intensifie en une lumière brûlée par l'éclat des Anges : leurs flancs sont de satin et brillent dans la cadence
Ils émettent un dernier cri salin et se pandiculent en un dernier geste fier, puis éteint
Ils me regardent l'air hagard ; leurs grands yeux éprouvent une terreur spectrale, magistrale, fondamentale ; ce sont les dernières minutes d'eux
... les derniers instants de vie à deux, de monde heureux
que voient-ils ?... de sanglant ou d'anonyme, de dangereux ou de masqué ?
sur quel oxygène, encore, fondent-ils leurs chants ?... puisque l'Amour porte son angle mort, puisque l'amant déjà nu néglige de se déshabiller
tout est fragment : les uns savent ce qui manque aux autres ; le puzzle est épars : il ne se construit plus que par section
le plus grand malaise est de sentir l'éclatement serein de celui qui n'y peut rien
face à sa propre tombe, le malin s'agenouille et se demande ce qui sera écrit—ce qui au soleil se sera bruni et affermi
il ne supporte pas l'avachi
ses ressentis sont ceux des légumes verts ; ils s'éparpillent en forces lacunaires, en auras lunaires : ils sont impuissants
irrépressiblement, le char avance et se balance, giclant des étincelles piquantes et bruyantes à chaque passage du feu
la bête est autonome ; elle s'abrutit seule dans l'évanouissement de sa propre peur à admettre
... son existence—sa clarté, son opacité et sa fin
qui est-elle pour s'aveugler à ce point ? en toute limpidité, l'autre passe au travers, et ne la considère pas... pour ce qu'elle est vraiment : un être de soif et de foi
quasimodo s'endort ; ses rêves l'emporteront vers l'autre lui-même : l'enfant crétin, l'idiot fragile... le coeur frais, l'avatar des mondes subtils
il en revient
sans question autour de son dos, il s'élance dans le flot, plonge sous l'iceberg et rencontre la sirène : il lui sourit de ses dents écartées et se donne sans hésiter
la sirène, elle, se heurte à la dureté de la glace et à la transparence de sa pureté : ses songes translucides à l'intérieur lui créent un ruisseau de larmes gelées
quasimodo alors de lui-même s'évanouit : son âme glisse dans le ruisseau et la pelure de son corps flotte dans le courant
la sirène remonte le long de l'iceberg, emmenant son ruisseau vers le haut et le laissant s'échapper
elle se frotte au bloc brûlant pour le faire éclater
la surface de l'océan n'est perceptible que pour les mourants
cette luminosité, elle l'appelle auprès de ceux qui, comme elle, ne considèrent que l'exil et la démence, que la distance et la souffrance, que l'ouverture et la résignation
ce souffle mentholé, elle l'aspire comme une seconde vie, un premier défi
déformée, elle grimpe
sans fin
égratignée et blessée, elle s'éreinte à ne plus se rappeler ce que la pointe de l'iceberg, en bas, un jour lui a confié... de vision et de perversion, de génie et de tremblement, d'effroi et d'enfantement
les grandes profondeurs provoquent les diables divins, et leurs jardins
elles étourdissent d'un mal unique—qui rend définitivement ivre et libre, malade et grandiose
les ultimes dimensions enfin sont atteintes ; écrire fera chemin
l'apothéose est proche, pour celui qui craint le destin et alimente la chimère, sans être certain
il rejoindra la sirène, disparue dans un corps gracieux et survoltée dans un élan tendu
il la rejoindra sans dire 'rien'
parce que l'Amour ici ne dit 'rien' ; il s'éprend, et c'est tout ; dans sa propre tragédie, il s'épanche sur lui et laisse couler ce qui est
il ne réagit plus non plus à 'rien'... car, quand bien même serait-il encore en vie, jamais il ne pourrait... ni effondrer, ni amarrer, ni égarer, ni retenir
l'Amour se dissout dans l'instant imaginaire qui veut bien
l'Amour s'émeut de ce qu'il espère toujours de ses aveux, et confie le feu à celle qui persévère solitaire
un peu ; si oublieux, si généreux, si simple, si brave, si majestueux
... un peu