le tout, bien à sa place

marcher... sur les couleurs, les étoffes et les murs, sur les pierres, les ruines et le métal, sur les armes, les os et les chairs

marcher... sans s'arrêter—comme la Vie qui attend un peu de calme ou de sursis, un peu de place ou de temps

l'homme tire ; l'homme aussi respire, visant son alter ego sans soupir

l'autre face à lui saute ou s'écroule... se tait, hurle ou gémit ; on retire les corps ; le paysage survit, avec les stigmates signalant le passage sous tension de la présence tueuse, précise et maniaque

aucun fanatique ; juste des enfants devenus des exécutants, ou des robots... jamais des animaux

restent les marques... de balles, d'obus, de chars et de pas

restent les éboulements des bâtisses sacrées, les zigzags des routes urbaines et le sang des aimés disparus

alors, silencieusement, apparaît la trace, l'indice ou la tâche, reconstituant l'histoire, vive et brève, de l'instant de l'achèvement

cette brutalité finale libère l'âme, la rendant à sa nature blanche immuable

c'est abstrait ; mais, dans nos émotions, cela dure, se forme et s'étire, comme une éternelle suspension

un flottement, une digression, dans le quotidien charnel et bruyant

un moment d'appréhension du sens qui emplit le temps suivant

l'absence a raison de nos sensations et agite nos Anges, qui s'activent derrière les maisons

on n'entreprend plus rien

on se cale sur un regard ou une main, une peau ou un bijou, une perspective ou un mouvement

et on allume, et on éteint

on ouvre les paupières sur un éclat de flash ; on les referme pour atteindre et toucher l'intérieur de soi

car on ne perçoit que ce qu'en soi-même on peut créer de vertige et de paix

les stimuli dansent, parfois sans rien articuler d'intelligible : l'hésitation nourrit l'arrière-plan ; l'incertitude donne le profond

l'information s'engramme dans plus clair et plus épais que nous, dans plus subtil et plus libre que nous

elle chemine à la manière d'une relation entre tous—d'un ciment humain

elle arrête la complexité des procédés et accélère l'accès aux énoncés

dématérialisée, l'information de l'Ange vient jusqu'à nous

... nous éveille et nous indique l'autre côté ; l'Ange messager vient nous baigner de larmes et d'Amour, d'altérité et de vitalité

on est derniers ; on est premiers

entre nous, on devient fous

entre nous, on devient vrais

par delà ce que l'on voit, l'Amour, comme un filtre, nous aveugle et nous fait "joie"

c'est cela, la Foi : contempler la dimension secrète et invisible ; adorer le coeur de la Passion

renaître plus vivant et sourire au levant

se coucher dans le courant de l'eau et s'abandonner à la confiance du sommeil

le tout, en un sens, bien à sa place