... dans les combes

les combes se retrouvent seules, d'avoir trop vocalisé sur des ondes centenaires

les combes se savent habitées, du seul animal encore parfois bien disposé

il avance sur le sentier à pas de loup ; il guette le son qui le dirigera, vers une source peut-être ; il ne s'embarrasse d'aucune saison : toutes l'accueillent dans un écrin de flocons, dans un faisceau de rayons

les couleurs des combes deviennent vives : l'eau, les conifères, l'humus et le soleil sur leurs flancs reluisent

tel un métronome, chaque aiguille tressaille et se dresse au bruit de l'appel : au diapason, quelque chose l'ensorcelle

les combes comblent leur être viscéral—à la silhouette invisible, au feutrage inaudible, à l'ombre invincible

les pins et leurs pommes alors tombent de douleur

trop de regrets dans le deuil de la cascade ; trop d'abstinence dans le renoncement aux feux-de-joie

un seul foule le périmètre et réactive la forêt—qui respire, triste et bannie, recluse et honnie

son sombre, la nuit, fusionne avec la pluie

son clair, de jour, frisonne avec l'envie

les mal-sauvés

rien n'éclate

le cri est strident ; le resserrement crispant ; à une tête de l'océan, l'atmosphère est sclérosant

une femme, rien qu'une... et l'eau désespère sa marée, et le feu accumule ses démons, et la glace régénère son emprisonnement

les dualités s'agressent en un litige dément ; les raisons s'agglutinent dans le noir de caissons éphémères ; les coeurs se coltinent de la pourriture sur des plaques de verre

l'insuffisance est première ; je catapulte mon impuissance et ma misère... dans un environnement totalitaire, sans prise sur la réalité native

la haine saisit 'sa reine', seule contre l'apôtre de la maîtrise et de la tranquillité : mais rien n'est sous contrôle

ainsi tremble la terre

ainsi s'ébranlent les os... pour une aigreur maternelle, pour un sommeil grandissant ; pour une journée de calvaire, pour un hiver prochain ; pour un brin de néant, pour un élan surgissant

justice ! clarté ! bienveillance ! vis-à-vis des choses telles qu'elle sont—sans voile obstruant, sans filtre avilissant

quel est ce meurtre, à portée de deuil grandissant ?

quelle est cette agonie, en lente et cruelle stagnation ?

quel est cet éblouissement, de l'Eglise apparente dislocation ? dans l'affect déviant—avivé, ordonné !... perturbé, harassé

emily et sa main

... comme emily, j'attends le Temps, quand il se présente disponible—tendre ou sévère

dans l'intention, je n'introduis aucune politesse ; dans l'immédiateté, je ne diffère aucun sentiment ; je cherche la rugosité et la souplesse du Vivant quand il s'invente... selon l'Immanent

comme emily, je m'abîme en différant ; comme elle, je resurgis en me raccordant

je ne parle de rien

je ne me surexpose qu'en conscience dans le Blanc ; pourquoi portait-elle du Blanc ? exclusivement

pourquoi se dévouait-elle tant ? patiemment... au chevet de sa mère ; elle, si sincère

pourquoi suis-je encore si peu 'cela' ? si peu rangée, si peu sage moi-même ? je sens le bouillon et la passion ; je sens la lourdeur et la fadeur—sans trop de distinction

il y a les zones franches, et celles de confusion

je ne suis aucunement 'propre' sur moi-même ; le goût de la terre, je l'ai, installé dans la bouche, constamment—mélangé à des paroles vagues ou affirmées, indolores ou rebelles, consenties ou déplorées

mes mondes l'un de l'autre sont si différents

je ne constitue pas mon axe majeur—en dehors du geste présent, qui fait mon bonheur

... la Vie se noue d'un cran

la colonne entière, purulente, libère poussivement son liquide gras et épais ; à la surface, une gangue se forme, séchée au soleil jusqu'à durcir définitivement

cet animal, cette sorte de limace—blanc d'oeuf jaune-vert, mousseux—c'est moi dans le fer

je ne suis pas autrement

cette substance, je la bave de détresse, sans plaisir, ni justesse

comme cela, l'instant est vivant et le Tantra purement Animal

la qualité de la survie se mesure à l'aune de la fluidité sanguine—sans grumeaux

je te regarde, mais ne te vois pas : le courant est éteint ; les flux atrophiés cherchent une issue dans l'aggloméré

entre nous, le fiel

cela, je ne sais pourquoi

c'est un vent, juste un vent ; un tournant lent, un passage temporaire, une poussée dans l'accouchement du présent

chaque jour, se défaire... sans plaire

chaque heure, revisiter sa plaie—sans plainte, ni sentiment

je quitte la Poésie

l'air est doux ; la voix est claire ; l'entrave est absente... hier, accablante

les sons travaillent notre cerveau dans l'harmonie des ondes—musicales et cellulaires

le réveil, progressif et tendre, prend lentement son essor... c'est un décollage ouaté et lunaire, propice aux sensitivités ascensionnelles et déchirantes

je me tiens prête

c'est le fruit du Tantra

l'immonde, un temps repoussé et caché dans le réservoir des attentes malignes

...

et il y a ceux qui y vont ! qui, franchement, se font du mal pour le mieux des autres ; qui se donnent avec coeur à la situation, qui plongent dans la douleur du prochain et se perdent dans l'acte sauveteur

sans ivresse, il se fondent dans la demande de ce qui vient, qui crie et qui appelle, chaque fois selon des tons différents

tout comme leur action, ils sont éphémères ; tout comme leur efficience, ils sont infinis... dans le Bien

ce que j'écris est une culpabilisation authentique : mais aussi une comparaison inutile et une désincarnation malheureuse ; un déplacement stupide, une exclusion faussée, une désillusion pauvre

chacun, même moi !—là où je me sens faible, surtout

chacun, même toi !—là où tu te trouves, radicalement

les murs sont froids

les murs sont froids

les artères sont calcinées ; leurs gangues épaisses sont grossies, puis brunies

les tortues, recroquevillées à l'intérieur de carapaces consumées, désespérément tentent de se survivre

en se repliant, en se serrant, en se blottissant, en se concentrant... autour d'un noyau imaginaire, coeur de leur dureté à être

elles tiennent au Vivant, en végétant dans un entre-deux mi vital, mi agonisant

seront-elles là demain ? tout comme toutes les autres créatures de la garrigue entraînées dans la danse du feu, leur âme-nature a-t-elle souffert autant que leur corps offert ?

leur don... pour un humain, rien qu'un humain... défaillant, ignorant, veule et malsain

un simple mégot de cigarette enflamme le papillon, et atteint le centre de la terre, en ce qu'il congestionne l'extinction

ici, les murs sont froids

seule, j'appréhende le monde, et la Vie éclate et s'éteint ; la communauté, dissipée, ne répond plus ; l'altérité se couche comme le sable du désert ; entre mes doigts, elle file toujours plus vers l'avant

tu fais mon Tantra

une expérience spirituelle... qu'est-ce ? qu'a-t-elle éventuellement de différent d'une expérience simple, directe, actuelle et liante ?

peu de chose, semble-t-il

le poids est là ; l'Ange est là

l'autre est là ; le monde est là... à l'intersection des incarnations—sans plainte, demande ou incantation

"je" est lambda ; "tu" est mon ciel... en ce que, par lui, j'accède à l'ordinaire 'alter' : à la magnifique palette des Soi, quand émotionnellement éveillés, ils expriment chacun les parfums du néant... présent

ça clashe ! ça s'enfonce... ça se régule... dans l'hésitation harcelante, dans l'adaptation nécessaire, dans le tâtonnement têtu, dans la flexibilité aurique

ça danse

ça se mélange en créant... des mouvances venant de nous 'autrement'—des élans qui nous traversent, des échappements qui nous transgressent

l'expérience, immanente, est toute entière comprise dans l'émoi du flottement, dans la crise du sentiment

sans du tout nous crisper, ni nous fondre... dans l'écart de l'entre-deux—dans l'autonomie des verticalités, dans l'absence de frontières

tout seul, cela tient... comme des osselets l'un au-dessus de l'autre équilibrés

alors, on est complet

je ne suis plus capable d'autant de mots alignés, d'autant de courbes croisées, d'autant de reliefs juxtaposés

le silence blanc a pris possession de moi—assourdissant ; il contient l'or de toute relation ; il vaporise la connaissance en mille gouttelettes à l'éclat d'eau : on se mire dedans

la légèreté est mon maître, parce que son sourire est innocent

quelque chose d'originaire vient frapper la pureté de nos sensations ; nos émotions sont subtiles : j'entends leurs sons... qui tintinnabulent dans la fraîcheur du courant 

on se transmet ; je ne sais quoi 'se transmet' dans le diapason de l'altitude médiane

on respire ; je nous devine tous 'respirants' comme une forêt d'identités, les unes les autres juste côtoyées

nos couronnes de timidité, là où nos présences se frôlent, nous obligent chacun à ne pas nous affaisser, à ne pas nous étaler

... à nous tenir en notre noyau—libre et modéré, relié tant par la verticalité de nos anatomies que par l'horizontalité de nos vibrations

le schéma de nos solidarités se fend dans la mouvance de nos autonomies, et bouge globalement dans l'ensemble harmonisé

côte à côte, au dedans de nous et au-delà de nous, nous existons, et quelque chose du "un" dans la multiplicité se répond

ma tendresse se fait rare

le blanc de la page encore se noircit, pour 'pas grand chose' de plus

... pour même moins que d'habitude, puisqu'on ne le sent pas

va-t-on aller plus loin ? les sons vont-ils nous mettre en contact ? impérativement avec nous-même nous familiariser

nous intérioriser

ou nous vandaliser

on traîne la note, en nos yeux fermés

on sème le doute, en notre dos affaissé

on se recroqueville sur une musique qui... abrite... la pluie ; peu de vent, l'Orient et la fraîcheur du temps

on envie les instruments dans le bain de leurs traditions ; on entend le bruit des poignets avec les bracelets ; on étreint le piano

on arme l'écoute pour s'abstraire du monde ordinaire—de la fatalité psychique et du poids corporel

avec lui, je vise une goutte d'horizon, un semblant de passion... mais 'non'

est-ce mort ? ternie, la flore ? les couleurs pastel ne se révèlent qu'aux faiseurs de guimauves : j'en deviens 'une'

la Vie s'est peut-être dans l'espace agrandie, mais aussi dans la ferveur avachie—dévitalisée en sa sève, démunie en ses rêves

je la suis

nos Anges aussi s'inquiètent

l'essentiel, c'est le lien... respectueux de nous et de demain—attentif à la croissance des fruits, reconnaissant envers les ans

'prendre soin', c'est veiller... quoi qu'il en coûte : les passages difficiles un jour seront conjurés et reconnus comme des points d'appui, des repères de lisibilité

les énergies s'emmêlent ; mais, en nous, oeuvre 'Le Clarificateur'—messager d'Espérance et confident de la Loi

les visions se troublent ; mais, à la source, s'agite le Pur—qu'à deux, l'on contemple

les chemins karmiques, nébuleux et chargés, nous disent... que la prudence est singulièrement de mise, que tout rapidement peut basculer, et que le douillet encore nous permet de nous projeter

... dans une Tendresse définitive

... un Accord dans l'au-delà—pour revenir à Lui libre et droit, présent et profond

je me veux tendue et tranquille, assurée de ma position : dans l'ajustement à la situation et dans la quiétude de l'intériorisation

"je suis aimée" ; et si "j'aime" moi-même, ce que je ressens m'épanouit en un bouquet de pivoines généreusement ouvertes et toute gonflées

plus de place aux ombres : il nous faut nous fixer ; suspendre le moment où la fleur se donne, et la conserver pour l'éternité dans son gel de fraîcheur et de bonheur

rattraper l'élan

tout est éteint... tendrement ; tout se survit... patiemment : un coeur et ses battements

je vois les vaisseaux et le sang... la texture blanche du muscle, nervuré de rouge éclatant

je baigne dedans ; je palpite en son intérieur survivant

... c'est un coeur qui veut se prolonger en son mouvement—irrégulier et inquiétant

les contractions sont puissantes et hiératiques : on les appelle 'extrasystoles' ; j'en fais

c'est le moment cru du doute... entre la mort et la vie

c'est le moment cuisant de l'affront, avant la débandade : on nous parle ; face à nous, s'expose le champ de bataille, avec ses soldats et ses chevaux, ses mitraillettes et ses canons ; encore... en veut-on ?

on se fatigue des amours qui hautement se vivent telles des luttes—avec nous, au milieu, comme bouc-émissaire consentant

s'engager pour la vie, c'est se refermer à l'envie... basique ou de première automation—celle qui souvent finit dans le caniveau

c'est sans cesse 'se hisser'... au-dessus de soi, dans sa persona ; parfois même cela peut être 'ne plus s'habiter' : ne plus s'éprouver dans son corps, ne plus s'actualiser dans ses chairs, ne plus atteindre nulle part—ni du haut, ni du bas