tout est éteint... tendrement ; tout se survit... patiemment : un coeur et ses battements
je vois les vaisseaux et le sang... la texture blanche du muscle, nervuré de rouge éclatant
je baigne dedans ; je palpite en son intérieur survivant
... c'est un coeur qui veut se prolonger en son mouvement—irrégulier et inquiétant
les contractions sont puissantes et hiératiques : on les appelle 'extrasystoles' ; j'en fais
c'est le moment cru du doute... entre la mort et la vie
c'est le moment cuisant de l'affront, avant la débandade : on nous parle ; face à nous, s'expose le champ de bataille, avec ses soldats et ses chevaux, ses mitraillettes et ses canons ; encore... en veut-on ?
on se fatigue des amours qui hautement se vivent telles des luttes—avec nous, au milieu, comme bouc-émissaire consentant
s'engager pour la vie, c'est se refermer à l'envie... basique ou de première automation—celle qui souvent finit dans le caniveau
c'est sans cesse 'se hisser'... au-dessus de soi, dans sa persona ; parfois même cela peut être 'ne plus s'habiter' : ne plus s'éprouver dans son corps, ne plus s'actualiser dans ses chairs, ne plus atteindre nulle part—ni du haut, ni du bas
c'est se ramasser en un tas—une boule non-sentiente, insignifiante, agonisante : un rebut, à côté des poubelles
le coeur alors brusquement se ralentit jusqu'à ne plus pulser ; le sang alors dans le flux se fige et dans les veines se durcit
dans son coin, la boule reste 'boule' à jamais
... comme un chat
mon coeur au dépotoir ! mon appel à la vie à la déchetterie !
c'est ainsi
qu'est-ce qui se remplit ?... quand l'organe "coeur" n'est plus, "l'aura" prend le relais—se fiant à l'Horizon d'une réalité autre que celle humaine
aucun TRANShumanisme ; ici et maintenant, juste une SUPRAprésence, dans l'énergie croisée du corps solidaire et de l'Ange salutaire
sur les plans subtils, l'énergie se manifeste... cellulaire
on tient debout, aligné jusqu'au Coeur—ouvert sur une grande prairie aux millions de brins d'herbe dressés vers le Rayon
on s'élance en équilibre ; on court insouciant ; et on se baisse pour cueillir le bouquet de floraison printanière—témoin de notre rémission
temporaire ?
on ne voit plus... ce qu'ici, il y a à faire
on ne capte plus... quel don nous mène et nous entraîne ; pour quelle chute au bout ? pour quel avènement ou quelle révélation
on voudrait savoir—alors qu'on est 'plat'
on voudrait se déplacer à bon escient—alors qu'on divague, que jamais nos sentiments ne sont 'droits'
on se fatigue, on s'essouffle ; on titube, on racle la terre ; on tombe, un genou dans la boue ; et on ne se relève pas
... parce qu'on ne voit pas... ce qui est là
et que notre instinct de protection ne veut pas... de ce que l'on pressent
entre suspendre et poursuivre, le litige est constant et noue un destin douloureux
on devient lourd de soi—statique de sa peur, froid de son émotion
n'existe plus que la gaine—le contenant de tout cela
si tout est 'affaire de coeur', celui-ci vit sa maladie—pénible et sereine, absurde et clairvoyante
lentement, il se gangrène ; lentement, il se voit... mordu par une fatale atrophie utérine, ou gonflé par un terrifique éclatement cérébral
coeur, ventre et tête sont liés—en une triade émergente, en voie du milieu ; les voies, ascendantes et descendantes, s'écoutent et se comprennent dans le chakra du coeur ; c'est de lui que l'on naît
ainsi, les déséquilibres énergétiques sont-ils des jeux d'eau—avec transvasements akashiques et accumulations karmiques
les déversements et les stagnations forment des paysages fantasmagoriques, dits visionnaires
on bascule de dimensions dans l'univers ; on s'extrait de la gangue psychique ordinaire... pour épouser le sens en son accouchement formel, dans nos rêves
les archétypes se révèlent, agrégeant un langage bien à eux—en un maillage de cordes, opaque, ou en une pluie d'étincelles, piquante
on navigue dedans, comme au fil d'un long voyage, qui nulle part ne se dirige, ni n'aboutit : seulement, météo après météo, les tableaux racontent l'histoire vraie
c'est un dévoilement... pour un intérêt plus grand rendu à l'existant ; c'est un double-fond... pour attiser le goût des secrets dans les greniers des grands-parents
c'est une autre voix de soi, polarisée sur la relation avec ses propres altérités—qu'elles soient transgénérationnelles ou transpersonnelles
les différents "soi"—au travers des multiples fictions et des vains attachements, des ancestrales traditions et des fidèles créations
... une redéfinition de chaque moment
ici, le coeur parcourt son chemin... de croix ; offert, pourtant, il recouvre un semblant de pureté et de fécondité
rattraper "l'élan vers"
sans rien demander... et pleurer