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la Vérité et moi

la Vérité—sa qualité—sa dureté, sa brillance, sa netteté, sa tendresse

la Vérité—son règne—sa perfection, sa froideur, son altitude, son éclat

la Vérité et moi

la Transparence et toi

l'Immanence des situations et la Liberté des vagues—dont on ne sait si elles nous soutiennent ou nous éconduisent... vers le large

tout cela est présent, puissamment, fondamentalement, innocemment : on est tous plongés dans l'Origine commune, en un Karma tissé, maillé, en un patchwork émergent, contraint

je ressens la pression... de l'effondrement ; c'est physique comme un éboulement, éthérique comme un flux : une dépressurisation, une dévitalisation ; une fuite, un évanouissement

la réalité dernière, agonisante, progressivement disparaît, assurant la fin saine et définitive de celle d'encore avant

nous sommes tous renaissants ; tous nouveaux-nés

nos âmes ne sont pas meurtries : elles se reconnaissent mutuellement et s'accueillent en une peinture arc-en-ciel ; chaque rayon parle de nous, individuellement et relationnellement : nous éprouvons le besoin les uns des autres

chacun trace son chemin d'endurance ; chacun inonde sa route avec ses doutes ; chacun ressurgit de sa nouvelle mort, tel un enfant miraculeusement ressuscité

celui qui n'y peut rien

le summum de la perdition, c'est quand, sans plus toucher terre, on va jusqu'à altérer le sens même de la conduite en vol

les ailes claquent en des mouvements saccadés et déstructurés, retournés et vrillés, sans aucune stabilité sur l'air

pas d'appui ; une voile qui gondole et frappe au vent violent ; ça cogne dans le néant... l'inconsistance du vide est plus forte que la résistance de la matière

on se tord ; on se mord ; on s'abîme

on se convulse et on se s'expurge ; on se démène et on râle... de douleur et de peine

le travail vain n'en voit pas la fin ; le jour s'intensifie en une lumière brûlée par l'éclat des Anges : leurs flancs sont de satin et brillent dans la cadence

Ils émettent un dernier cri salin et se pandiculent en un dernier geste fier, puis éteint

Ils me regardent l'air hagard ; leurs grands yeux éprouvent une terreur spectrale, magistrale, fondamentale ; ce sont les dernières minutes d'eux

... les derniers instants de vie à deux, de monde heureux

que voient-ils ?... de sanglant ou d'anonyme, de dangereux ou de masqué ?

sur quel oxygène, encore, fondent-ils leurs chants ?... puisque l'Amour porte son angle mort, puisque l'amant déjà nu néglige de se déshabiller