en soi, puiser la source du ventre endolori, de la poitrine serrée, de la gorge séchée
les voies respiratoires écoulent un souffle sourd et court, un râle grave et puissant
je lévite au pays de l'inconstance, dans les neiges de l'ignorance, soutenue par un air peu portant
je virevolte de manière dissociée, ne me rattrape à rien... de nous
les moineaux autour de moi se sont dispersés : ils ne reviendront plus
seule, en mon âme robuste, je m'écroule : dans l'intime, je me rétracte et m'enroule, comme un poussin dans son oeuf ; mon oeil, ma lucarne, ne distingue plus rien de mal ou de bien : il ne sait
il persiste à s'obscurcir et, comme pris au piège d'une cataracte, il se sensibilise au pur 'dedans'—avec ses crépitements et ses scintillements
aucune forme ; aucune couleur : tout est blanc, opaque et aveuglant
...
et puis, vient l'accalmie : je me laisse couler dans la détente, et jouir dans le coeur abandonné au vivant
je n'ai plus peur ; je ne cercle plus mes terres blanches et caresse mes humeurs rosées
la Tendresse ouvre des espaces—auprès desquels se délecter, au fond desquels se blottir... pour ne plus rêver
la Tendresse accapare mes perspectives... modestes, accompagne mes délivrances... sincères : la poche rompue fuit de tout son venin, de tous ses câlins
elle dévitalise les tensions rebelles ; elle désamorce les agressions mortelles
je renais !
tout n'est pas naturellement 'duel'—mais, là, forcément... tel un pendule, on ballote dans l'élan, qui ne veut vraiment pas de nous
l'ambivalence nous tient debout, dans le tâtonnement prudent et sain, honnête et conscient
on se fatigue à vivre dans l'autre, constamment
on se sublime à le rejoindre en sa survivance, en sa régénérescence—en sa simple présence
il est des être 'bons'
... des êtres doux, dans le mouvement ; des êtres nobles, dans le défi
autour de toi, j'en prends le goût : tu les gardes ; chaque fois, ils te regardent et te comblent
tu es un chat—opportuniste et demandeur, dépendant et libre... assumant une divagation entêtée
ton cap, tu le maintiens ; tu le chaloupes et tu t'y raccroches, encore moins certain qu'avant
tu vis ton unique chemin... ouvertement—solitairement, créativement : tu l'éclates !
tu te retrouves
tu m'emmènes... tu me laisses... jamais je ne sais : 'idéal' pour nerveusement se perdre, pour arbitrairement se révéler
les autres ne comprennent que la convention—qui, ici, se fend en deux dimensions : il y a ma vie intérieure qui t'est dédiée et il y a l'enfer extérieur empli de circonstances
tu ne les anticipes pas ; tu ne les souffres pas réellement—pas nécessairement... pas, comme moi, vitalement
mon trampoline amortit nos chutes, que, dans notre parcours, tu intègres invisiblement
en toi, je me repose... d'une seule oreille ; je te la confie, comme le reste
mon ventre, cette fois, descend dans mes pieds : il se liquéfie pour moins se meurtrir, pour mieux se diffuser... dans la réalité
sa force m'unit à mon oeuf—celui du poussin, qui de sa coquille, comme d'un miroir, ne connaît que la face interne
sa vigilance me décide à lisser mes appréhensions, à atténuer mes fixations, à gommer mes impulsions—à nouer mes serpents
je ne suis plus ni affairée, ni monocorde ; ni obsessionnelle, ni tigresse
j'envisage les prochains paysages comme des potentiels de l'Ange, en pleine expression
hier soir, l'étoile éblouie dans sa propre lumière m'a guidée : et il m'a parlé... de toi
c'était... un hasard, une correspondance et une synchronicité ; c'était une conversation, une écoute et une confiance
les complicités nous viennent de l'intuition, quand on l'exerce avec spontanéité, et sans bonne volonté
pour toi, je me suis rendue ignorante... pour renaître à moi-même en un jet de dés
pour toi, je me suis débattue, trempée et nue... pour te sentir natif et presque résolu
je n'y crois plus : ni à mes regrets, ni à mes remords ; je n'y crois plus... car, présentement, je vibre et je danse !
ma respiration enfle la rondeur de mon assentiment et de ma conviction... dans la situation
je te demande de ne rien refuser... de ce qui pourrait advenir des loups, des vierges et des foules
je te demande de ne rien présupposer... des capacités de chacun à chercher et à évoluer
tu te plies à ma voix dans ton ouïe ; ton audition argumente dans des flux court-circuitants et choisit la convenance la plus séduisante
nos fatigues sont liées
... bien au-delà de nos pouvoirs ou de nos compréhensions
nous nous berçons
nous nous ajustons
... sans rien fermer, sans rien ternir... sans rien saisir
les portes s'entrouvrent et derrière nous se referment, pour ne plus avoir à contempler le vide du Temps
je transporte nos colis ; je diffère nos ivresses ; je prends peut-être un peu trop la main... ?
bien vite, retire-la moi, pour que, vers toi, toujours, j'avance un pas plus... loin