tout est là, en forme de V

nulle part : en nul endroit, en nul temps

tout défile en moi : je vois passer le détail des situations, senties du dedans et vues du dehors ; j'y réceptionne le coeur des gens : je suis en transe

... sans tambours, ni plantes

mon battement d'aile est musical, synchronisé en binaural

les mots sont flottants comme les impressions ; les déplacements sont instantanés comme les pensées ; toute volonté est illusoire

je l'ai déjà dit : on voyage au fil des 'qualia'—ces subjectivités qui impriment nos humeurs, nos sentiments, nos projections, nos visualisations, nos impulsions, nos rythmes et nos actions

nos images transitent, se forment et se délitent ; d'autres les remplacent, en un morphing incurvé surgissant du néant

les hallucinations sont 'sages', au sens où elles expriment des contenus d'être et de connaissance, des dynamiques de manifestation et de transformation

la Roue karmique tourne et s'épuise : les apparitions aussi

elles viennent de l'Autre Dimension, en ce que l'Ange nous dicte le Livre Rouge de notre vie

les visions sont des archétypes recyclés qui cherchent à se rompre : des poches du monde psychique universel prêtes à éclater dans le temporel personnel

nous portons tous le masque de notre 'petit moi' ; à l'échelle de nos rêves, nous endossons pourtant l'inconscient de générations entières—qui martèlent l'inachèvement de leurs existences

l'incomplétude de toi, qui me précèdes, passe dans moi, qui te succède ; mais cette absence de consistance—mal vécue par toi, je décide, moi, de la vivre bien

je décide de la comprendre et de la pratiquer comme un élixir de jouvence simplifié : le temps passe par moi, sans que je ne l'éprouve plus, ni dans ma chair, ni au fil de mon souffle, ni par mes veines

dans le fondement naturel repose cette évidence : l'origine n'est nulle part et partout à la fois ; nous la sommes en notre essence absolue—intégrale et radicale

le 'point libre' est a-local, a-temporel... comme ma présence dans l'instant de la brèche—qui me ramène au sursaut du 'là', avec toi

le 'point' me rend libre—parce que déconditionnée des aberrations irréelles, entière en mon Soi spirituel et reliée à l'environnement vivant

je file sans but sur un chemin qui se trace seulement sous mes pas, en orbite

être satellisé, c'est s'ouvrir à la possibilité de bouger sans se coincer dans des rigidités morbides, des fabrications trompeuses, des croyances fixes... rendant la Création cruelle

le mensonge est mortifère : on baigne le plus souvent dedans, à s'illusionner sur les suites de déviations non-linéaires

rassemblons-nous dans le présent spécieux, sans évaluer demain—le plus aléatoire qui soit

là, nous ne sommes plus ; là, nous ne nous élevons pas plus que nous ne nous enfonçons ; nous ne réagissons plus—en dualité : nous nous harmonisons—en synchronie, jusqu'à la dissolution

quelques repères encore, et c'est la fin... de la question du certain

ici, le déterminisme encore nous pourchasse-t-il ? ou, à notre tour, comme le point, devenons-nous vraiment souverains ?

ici, les chiffres encore nous emprisonnent-ils, avec leurs suites à la fois infinies et prédictibles ? sans autre choix possible que tous, un par un, ou aucun

ce qui nous encapsule dans la matière peut-il aussi nous en extraire ? ou la Voie est-elle celle du lien entre les deux—strictement au milieu ?

ni dedans, ni dehors

ni toi, ni moi... quelque chose d'un phénomène bien ensemble—bien couplé, bien émergent

on ne disparaît que dans la création, qui éclot en chacun de nos gestes confiants

on ne naît au Soi que dans l'espace ouvert, soulevant le vide en son pic de brillance

on ne brûle que dans la non-apparence des mouvements de fond—imperceptibles, indicibles, intangibles

c'est sans craindre l'extrémité que l'on consume son être en l'engageant dans des circonstances à l'affût de la bienveillance

c'est sans redouter le pire que l'on assume de se lier sans condition aux mortels, comme nous-mêmes

... pour un tour de manège

... pour un périple sans retour ou une errance sans discours

tout s'agite et tout se floute : soudainement, cela va vite ! le Temps se perçoit à nos côtés comme 'courant', si l'on n'est pas dedans

l'éveil réside en Gamma ; la veille en Bêta ; le rêve en Alpha ; la somnolence en Thêta ; le sommeil en Delta ; le coma en Nu

si l'on sait chevaucher Gamma en hyper-lucidité, il y a bien des chances que l'on voie apparaître les fantômes de l'existant et les symboles du collectif ; on court aussi tous les risques de devoir affronter nos propres productions en tant que formes de l'Invisible associées à nos (dys)fonctionnements

l'écrit est un bout de ce processus-là : une petite hypnose

on met à plat des reliefs de l'au-delà et on expurge des scories d'ici-bas

on transcende la cime des arbres et on prie à l'ombre des druides

on est totalement soi, sans se reconnaître aucunement dans le grand spectre, devenu 'monstre'

on est 'nature' première et dernière, ancestrale et a-générationnelle : tout est là, en forme de V

centré

donné

délivré