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et je fuis... et je luis...

une histoire qui n'a pas de fin ne peut être conclue sans entrain ; or, je le cherche, contrainte à me feutrer derrière l'univers

je ne connais plus ma propre histoire... autrement que dans le reflet de son possible mystère

je n'approche plus la circonstance du présent qu'en la faisant miroiter au fond de ma tasse de thé

la tristesse pique du nez ; l'incertitude crampe tout prélude ; la moiteur trempe l'angoisse ; la sécheresse racle le lendemain

on attend... que revienne l'amant, dans la tendresse qu'on lui connaît, dans la fougue que l'on sait inscrite en lui ; on croise les deux : on se lie

j'éteins les lampadaires, un à un ; j'allume de petites bougies, une à une

je me replie sur le pavé pour transfigurer mon amertume ; je ne fais pas de bruit et ne prends pas la plume

je lisse mes pas dans la ruelle, qui me guide vers toi : je te vois ; je fais un voeu : je te veux

la lueur des flammes allonge nos ombres sur les murs, qui nous murmurent des paroles sans voix

je ne m'identifie bien que dans toi, qui encore me tiens par la main, sur nos deux chemins

je souffle sur son papier—sur son blanc et sur son noir, sur son symbole et sur sa renverse ; je respecte sa peur ; je sens sa confiance

... elle revient d'instinct, comme un chien au flair précis et singulier

comme il devait l'être

des lendemains qui tiraillent ; un présent distendu déjà...

je ne guette plus ; du moins, je ne le veux plus... je m'abandonne à mon mal, pour le défigurer à sec, dans l'humeur et la stupeur

je ne sais plus ce que je fais : l'énergie, rentrée, s'exprime subitement, affolée, en des actes non-circonstanciés ; la pression génère la violence

... et la Sagesse, la guérison

car je me vois ; car je ne me laisse pas... virer de bord : avec constance, je prends soin de moi

j'éveille ma prudence et constate mes réserves—mes attaques et mes rétractations

je vais et je viens... pour faire circuler les chemins, valdinguer les frontières, trembler les territoires et animer ceux qui les habitent

je loge en dehors de 'chez moi', dans une maison troglodyte qui n'a pas de toit

je prends l'eau et le vent, le soleil et la crasse : accrochée au flanc, je cramoisis sur place

le rocher est froid, anguleux et lisse

le rocher est géant : il s'élève, telle une falaise perdue dans la nature du ciel ; il s'élève pour faire allégeance aux dieux

cherche-la !

expérience immergée ; radicalité incorporée ; sentiments submergés ; issue entravée

le chemin en continu se foule, quelle que soit sa texture—fluide ou résistante, allégeante ou oppressante, glorieuse ou affectée

mon mal à sortir de l'eau ; mon vertige à tenir debout ; ma nausée à soutenir le soleil ; mon coeur jusqu'au bout

par les vagues, petites, j'ai été malmenée, chahutée, chavirée : sur le sable mou, dans une danse, je me suis lourdement affaissée, effondrée

l'espace autour de moi était brûlant, flou, assourdissant ; ma force dans les jambes fluctuait ; ma volonté était brouillée ; le ressac, sous les fesses, me ballotait

on est venu m'aider

coup de chaud ? mal de l'eau ? insolation ? la mer est mouvante, dense et salée... des algues, telles des dragons du dessous, m'ont fait m'inquiéter, ravivant les tréfonds d'une psyché tourmentée

avec soi-même, survivre oniriquement, c'est se découvrir en ses coffres-forts

avec l'autre, sentir le sol sous ses pieds se dérober, c'est éprouver la puissance physiologique de la mer, qui nous enveloppe tous de sa vérité

son souffle nous parcourt... des poumons qui, à fleur d'horizon, flottent sans s'épuiser, aux cuisses qui, à la surface, se suspendent sans forcer

je me recroqueville comme un oeuf, sur le côté : toute seule, à peu près, je tiens

tu es un chat

en soi, puiser la source du ventre endolori, de la poitrine serrée, de la gorge séchée

les voies respiratoires écoulent un souffle sourd et court, un râle grave et puissant

je lévite au pays de l'inconstance, dans les neiges de l'ignorance, soutenue par un air peu portant

je virevolte de manière dissociée, ne me rattrape à rien... de nous

les moineaux autour de moi se sont dispersés : ils ne reviendront plus

seule, en mon âme robuste, je m'écroule : dans l'intime, je me rétracte et m'enroule, comme un poussin dans son oeuf ; mon oeil, ma lucarne, ne distingue plus rien de mal ou de bien : il ne sait

il persiste à s'obscurcir et, comme pris au piège d'une cataracte, il se sensibilise au pur 'dedans'—avec ses crépitements et ses scintillements

aucune forme ; aucune couleur : tout est blanc, opaque et aveuglant

...

et puis, vient l'accalmie : je me laisse couler dans la détente, et jouir dans le coeur abandonné au vivant

je n'ai plus peur ; je ne cercle plus mes terres blanches et caresse mes humeurs rosées

la Tendresse ouvre des espaces—auprès desquels se délecter, au fond desquels se blottir... pour ne plus rêver

la Tendresse accapare mes perspectives... modestes, accompagne mes délivrances... sincères : la poche rompue fuit de tout son venin, de tous ses câlins

la Vérité et moi

la Vérité—sa qualité—sa dureté, sa brillance, sa netteté, sa tendresse

la Vérité—son règne—sa perfection, sa froideur, son altitude, son éclat

la Vérité et moi

la Transparence et toi

l'Immanence des situations et la Liberté des vagues—dont on ne sait si elles nous soutiennent ou nous éconduisent... vers le large

tout cela est présent, puissamment, fondamentalement, innocemment : on est tous plongés dans l'Origine commune, en un Karma tissé, maillé, en un patchwork émergent, contraint

je ressens la pression... de l'effondrement ; c'est physique comme un éboulement, éthérique comme un flux : une dépressurisation, une dévitalisation ; une fuite, un évanouissement

la réalité dernière, agonisante, progressivement disparaît, assurant la fin saine et définitive de celle d'encore avant

nous sommes tous renaissants ; tous nouveaux-nés

nos âmes ne sont pas meurtries : elles se reconnaissent mutuellement et s'accueillent en une peinture arc-en-ciel ; chaque rayon parle de nous, individuellement et relationnellement : nous éprouvons le besoin les uns des autres

chacun trace son chemin d'endurance ; chacun inonde sa route avec ses doutes ; chacun ressurgit de sa nouvelle mort, tel un enfant miraculeusement ressuscité

plus rien n'est grand

le souci se remplit de virtualités, comme autant de scories du passé

le souci accapare nos demi-mesures, nous interdisant de franchir ouvertement l'obstacle—qu'on ne voit pas

je ne sais ce qui se dit, ce qui se pleure, ce qui retient le matin et creuse le lendemain

je ne sais ce qui m'appartient... ce qui lui revient

je ne sais... où je pose mes pas, où j'accumule mon karma

elle, si puissante, dans la tourmente ; elle, si câline, dans la demande

moi, juste là... interdite de neutralité et scrutant la bienveillance de la situation, la naturalité des sentiments, la complémentarité des émotions, le respect des expressions

lui, si net... si flou... de nous

lui, si silencieux, si refusé ; lui, si audible, si impliqué... soudain !

nous deux, catastrophées—à la manière de deux 'animales' en suspension... en question, en imagination, en crevaison

nos membres tremblent de déraison, libre et opportuniste : j'actionne la manivelle et me lève définitivement vers le ciel ; seule, j'annonce mon amour et mon leurre

tu ne parles...

partir de maintenant ; ne pas savoir décrire : ne pas stabiliser la perception et alimenter l'anxiété

se répéter

rester tapi, bloqué... à l'affût de la prochaine histoire—de l'imminente libération, de l'intérieur vers l'extérieur

décrispation, souffle ; circulation, énergie : tout grossit dans le noir de l'ombre, tout s'estompe dans le rayon du phare

un, deux, trois : je respire ; j'échange cosmiquement ; je parcours les différentes couches des entités subtiles, et je descends à l'essentiel qui est là—bien protégé entre toi et moi, bien diffracté entre toi et elles

les équilibres se sur-régénèrent en une verticalité attilesque : il nous faut tenir ensemble ; et il nous faut aussi nous aimer

librement, délicatement... communiquer, et mutuellement nous inspirer

deux déesses, deux détresses ; une seule et même confiance : un accord sur l'AMOUR, une candeur dans le DON, une ouverture SANS CONDITION

on accueille la même réalité

on se redresse sur la même Force—celle de la pureté, sans saisie, ni attente en retour

la féminité nous enveloppe de son SON

les notes nous lient, comme un commun amant, comme une lame de fond, une plaque-à-vent

où je suis ?

où je suis ? au creux de la mer ? au centre du cyclone ?... dans le flux des indécisions, dans le coeur des émotions

où je suis ? au septentrion des navigations... à la diagonale des migrations

je contemple... l'ordinaire en tourment, l'atmosphère en révolution, l'improbable en devenir

je suis native de toi

je suis immersive de tes horizons

l'astre rougeoyant plonge dans le lacustre de mes vingt ans, et me ramène à l'âge courant, généreux et brûlant

j'écoute... le son familier du dessous de l'eau, quand celle-ci teinte ses perceptions—étrangement, singulièrement, outrageusement

le poulpe se colore de mille feux, comme un épais et luminescent papier torchon ; il tortille ses ventouses en de gracieuses et inutiles gestuelles

il danse, sans masquer la démonstration de ses affections ; sans réduire le champ de ses pénétrations ; sans abandonner la spontanéité de ses dons

le poulpe est au monde ce que le cristal est à la lumière

... à la mer

la mer est vieille de nos histoires, anciennes au fil des flots ; elle recueille toutes nos pleures, toutes nos peurs, tous nos drames, et les finalise en nos destins

la mer est jeune de nos vitalités, surprises dans son berceau ; elle nous dissémine en mille silhouettes dans un même bain, et immerge nos erreurs

la mer, sos, en sa respiration : ses poumons de sel bientôt dégueuleront la lie que l'homme leur fait fumer ; alors la mer, malade, ensevelira l'homme pour se guérir sans lui

la mer est une fleur à jamais ouverte en sa corolle dégarnie ; totalement offerte, elle absorbe ses amis, comme ses ennemis

la mer régénère son instinct de vie : sa faune la réveille dans des pulsions d'envie

la mer vide mes pleures et berce mes rancoeurs ; la mer recueille l'âme perdue que je suis et enveloppe mon corps de flux tendus

la mer apprend de mes humeurs ce qu'elle sait déjà ; la mer, immémoriale, accouche de moi, une nouvelle fois... autrement que ma propre mère

la mer suit son vent sans se soucier de moi ; la mer pulse le vivant, comme on allume une bougie et ne reçoit le souffle humain que dans le respect de sa flamme

j'effleure la mer, son écume, de ma respiration éphémère ; je rencontre la mer par l'odorat—sensuel et envoûtant ; j'attends... l'effet sur moi de son évaporation

... dans les combes

les combes se retrouvent seules, d'avoir trop vocalisé sur des ondes centenaires

les combes se savent habitées, du seul animal encore parfois bien disposé

il avance sur le sentier à pas de loup ; il guette le son qui le dirigera, vers une source peut-être ; il ne s'embarrasse d'aucune saison : toutes l'accueillent dans un écrin de flocons, dans un faisceau de rayons

les couleurs des combes deviennent vives : l'eau, les conifères, l'humus et le soleil sur leurs flancs reluisent

tel un métronome, chaque aiguille tressaille et se dresse au bruit de l'appel : au diapason, quelque chose l'ensorcelle

les combes comblent leur être viscéral—à la silhouette invisible, au feutrage inaudible, à l'ombre invincible

les pins et leurs pommes alors tombent de douleur

trop de regrets dans le deuil de la cascade ; trop d'abstinence dans le renoncement aux feux-de-joie

un seul foule le périmètre et réactive la forêt—qui respire, triste et bannie, recluse et honnie

son sombre, la nuit, fusionne avec la pluie

son clair, de jour, frisonne avec l'envie

les mal-sauvés

rien n'éclate

le cri est strident ; le resserrement crispant ; à une tête de l'océan, l'atmosphère est sclérosant

une femme, rien qu'une... et l'eau désespère sa marée, et le feu accumule ses démons, et la glace régénère son emprisonnement

les dualités s'agressent en un litige dément ; les raisons s'agglutinent dans le noir de caissons éphémères ; les coeurs se coltinent de la pourriture sur des plaques de verre

l'insuffisance est première ; je catapulte mon impuissance et ma misère... dans un environnement totalitaire, sans prise sur la réalité native

la haine saisit 'sa reine', seule contre l'apôtre de la maîtrise et de la tranquillité : mais rien n'est sous contrôle

ainsi tremble la terre

ainsi s'ébranlent les os... pour une aigreur maternelle, pour un sommeil grandissant ; pour une journée de calvaire, pour un hiver prochain ; pour un brin de néant, pour un élan surgissant

justice ! clarté ! bienveillance ! vis-à-vis des choses telles qu'elle sont—sans voile obstruant, sans filtre avilissant

quel est ce meurtre, à portée de deuil grandissant ?

quelle est cette agonie, en lente et cruelle stagnation ?

quel est cet éblouissement, de l'Eglise apparente dislocation ? dans l'affect déviant—avivé, ordonné !... perturbé, harassé

emily et sa main

... comme emily, j'attends le Temps, quand il se présente disponible—tendre ou sévère

dans l'intention, je n'introduis aucune politesse ; dans l'immédiateté, je ne diffère aucun sentiment ; je cherche la rugosité et la souplesse du Vivant quand il s'invente... selon l'Immanent

comme emily, je m'abîme en différant ; comme elle, je resurgis en me raccordant

je ne parle de rien

je ne me surexpose qu'en conscience dans le Blanc ; pourquoi portait-elle du Blanc ? exclusivement

pourquoi se dévouait-elle tant ? patiemment... au chevet de sa mère ; elle, si sincère

pourquoi suis-je encore si peu 'cela' ? si peu rangée, si peu sage moi-même ? je sens le bouillon et la passion ; je sens la lourdeur et la fadeur—sans trop de distinction

il y a les zones franches, et celles de confusion

je ne suis aucunement 'propre' sur moi-même ; le goût de la terre, je l'ai, installé dans la bouche, constamment—mélangé à des paroles vagues ou affirmées, indolores ou rebelles, consenties ou déplorées

mes mondes l'un de l'autre sont si différents

je ne constitue pas mon axe majeur—en dehors du geste présent, qui fait mon bonheur

... la Vie se noue d'un cran

la colonne entière, purulente, libère poussivement son liquide gras et épais ; à la surface, une gangue se forme, séchée au soleil jusqu'à durcir définitivement

cet animal, cette sorte de limace—blanc d'oeuf jaune-vert, mousseux—c'est moi dans le fer

je ne suis pas autrement

cette substance, je la bave de détresse, sans plaisir, ni justesse

comme cela, l'instant est vivant et le Tantra purement Animal

la qualité de la survie se mesure à l'aune de la fluidité sanguine—sans grumeaux

je te regarde, mais ne te vois pas : le courant est éteint ; les flux atrophiés cherchent une issue dans l'aggloméré

entre nous, le fiel

cela, je ne sais pourquoi

c'est un vent, juste un vent ; un tournant lent, un passage temporaire, une poussée dans l'accouchement du présent

chaque jour, se défaire... sans plaire

chaque heure, revisiter sa plaie—sans plainte, ni sentiment

je quitte la Poésie

l'air est doux ; la voix est claire ; l'entrave est absente... hier, accablante

les sons travaillent notre cerveau dans l'harmonie des ondes—musicales et cellulaires

le réveil, progressif et tendre, prend lentement son essor... c'est un décollage ouaté et lunaire, propice aux sensitivités ascensionnelles et déchirantes

je me tiens prête

c'est le fruit du Tantra

l'immonde, un temps repoussé et caché dans le réservoir des attentes malignes

...

et il y a ceux qui y vont ! qui, franchement, se font du mal pour le mieux des autres ; qui se donnent avec coeur à la situation, qui plongent dans la douleur du prochain et se perdent dans l'acte sauveteur

sans ivresse, il se fondent dans la demande de ce qui vient, qui crie et qui appelle, chaque fois selon des tons différents

tout comme leur action, ils sont éphémères ; tout comme leur efficience, ils sont infinis... dans le Bien

ce que j'écris est une culpabilisation authentique : mais aussi une comparaison inutile et une désincarnation malheureuse ; un déplacement stupide, une exclusion faussée, une désillusion pauvre

chacun, même moi !—là où je me sens faible, surtout

chacun, même toi !—là où tu te trouves, radicalement

les murs sont froids

les murs sont froids

les artères sont calcinées ; leurs gangues épaisses sont grossies, puis brunies

les tortues, recroquevillées à l'intérieur de carapaces consumées, désespérément tentent de se survivre

en se repliant, en se serrant, en se blottissant, en se concentrant... autour d'un noyau imaginaire, coeur de leur dureté à être

elles tiennent au Vivant, en végétant dans un entre-deux mi vital, mi agonisant

seront-elles là demain ? tout comme toutes les autres créatures de la garrigue entraînées dans la danse du feu, leur âme-nature a-t-elle souffert autant que leur corps offert ?

leur don... pour un humain, rien qu'un humain... défaillant, ignorant, veule et malsain

un simple mégot de cigarette enflamme le papillon, et atteint le centre de la terre, en ce qu'il congestionne l'extinction

ici, les murs sont froids

seule, j'appréhende le monde, et la Vie éclate et s'éteint ; la communauté, dissipée, ne répond plus ; l'altérité se couche comme le sable du désert ; entre mes doigts, elle file toujours plus vers l'avant

tu fais mon Tantra

une expérience spirituelle... qu'est-ce ? qu'a-t-elle éventuellement de différent d'une expérience simple, directe, actuelle et liante ?

peu de chose, semble-t-il

le poids est là ; l'Ange est là

l'autre est là ; le monde est là... à l'intersection des incarnations—sans plainte, demande ou incantation

"je" est lambda ; "tu" est mon ciel... en ce que, par lui, j'accède à l'ordinaire 'alter' : à la magnifique palette des Soi, quand émotionnellement éveillés, ils expriment chacun les parfums du néant... présent

ça clashe ! ça s'enfonce... ça se régule... dans l'hésitation harcelante, dans l'adaptation nécessaire, dans le tâtonnement têtu, dans la flexibilité aurique

ça danse

ça se mélange en créant... des mouvances venant de nous 'autrement'—des élans qui nous traversent, des échappements qui nous transgressent

l'expérience, immanente, est toute entière comprise dans l'émoi du flottement, dans la crise du sentiment

sans du tout nous crisper, ni nous fondre... dans l'écart de l'entre-deux—dans l'autonomie des verticalités, dans l'absence de frontières

tout seul, cela tient... comme des osselets l'un au-dessus de l'autre équilibrés

alors, on est complet

je ne suis plus capable d'autant de mots alignés, d'autant de courbes croisées, d'autant de reliefs juxtaposés

le silence blanc a pris possession de moi—assourdissant ; il contient l'or de toute relation ; il vaporise la connaissance en mille gouttelettes à l'éclat d'eau : on se mire dedans

la légèreté est mon maître, parce que son sourire est innocent

quelque chose d'originaire vient frapper la pureté de nos sensations ; nos émotions sont subtiles : j'entends leurs sons... qui tintinnabulent dans la fraîcheur du courant 

on se transmet ; je ne sais quoi 'se transmet' dans le diapason de l'altitude médiane

on respire ; je nous devine tous 'respirants' comme une forêt d'identités, les unes les autres juste côtoyées

nos couronnes de timidité, là où nos présences se frôlent, nous obligent chacun à ne pas nous affaisser, à ne pas nous étaler

... à nous tenir en notre noyau—libre et modéré, relié tant par la verticalité de nos anatomies que par l'horizontalité de nos vibrations

le schéma de nos solidarités se fend dans la mouvance de nos autonomies, et bouge globalement dans l'ensemble harmonisé

côte à côte, au dedans de nous et au-delà de nous, nous existons, et quelque chose du "un" dans la multiplicité se répond

ma tendresse se fait rare

le blanc de la page encore se noircit, pour 'pas grand chose' de plus

... pour même moins que d'habitude, puisqu'on ne le sent pas

va-t-on aller plus loin ? les sons vont-ils nous mettre en contact ? impérativement avec nous-même nous familiariser

nous intérioriser

ou nous vandaliser

on traîne la note, en nos yeux fermés

on sème le doute, en notre dos affaissé

on se recroqueville sur une musique qui... abrite... la pluie ; peu de vent, l'Orient et la fraîcheur du temps

on envie les instruments dans le bain de leurs traditions ; on entend le bruit des poignets avec les bracelets ; on étreint le piano

on arme l'écoute pour s'abstraire du monde ordinaire—de la fatalité psychique et du poids corporel

avec lui, je vise une goutte d'horizon, un semblant de passion... mais 'non'

est-ce mort ? ternie, la flore ? les couleurs pastel ne se révèlent qu'aux faiseurs de guimauves : j'en deviens 'une'

la Vie s'est peut-être dans l'espace agrandie, mais aussi dans la ferveur avachie—dévitalisée en sa sève, démunie en ses rêves

je la suis

nos Anges aussi s'inquiètent

l'essentiel, c'est le lien... respectueux de nous et de demain—attentif à la croissance des fruits, reconnaissant envers les ans

'prendre soin', c'est veiller... quoi qu'il en coûte : les passages difficiles un jour seront conjurés et reconnus comme des points d'appui, des repères de lisibilité

les énergies s'emmêlent ; mais, en nous, oeuvre 'Le Clarificateur'—messager d'Espérance et confident de la Loi

les visions se troublent ; mais, à la source, s'agite le Pur—qu'à deux, l'on contemple

les chemins karmiques, nébuleux et chargés, nous disent... que la prudence est singulièrement de mise, que tout rapidement peut basculer, et que le douillet encore nous permet de nous projeter

... dans une Tendresse définitive

... un Accord dans l'au-delà—pour revenir à Lui libre et droit, présent et profond

je me veux tendue et tranquille, assurée de ma position : dans l'ajustement à la situation et dans la quiétude de l'intériorisation

"je suis aimée" ; et si "j'aime" moi-même, ce que je ressens m'épanouit en un bouquet de pivoines généreusement ouvertes et toute gonflées

plus de place aux ombres : il nous faut nous fixer ; suspendre le moment où la fleur se donne, et la conserver pour l'éternité dans son gel de fraîcheur et de bonheur